La Suisse à la traîne dans l'accueil des touristes en situation de handicap

Didier Morard
Journaliste

Retard notable et lacunes : un travail de bachelor à la HES-SO Valais-Wallis tacle l’accessibilité du tourisme suisse pour les personnes en situation de handicap.

Le constat est sans appel : la Suisse essuie un sacré retard en matière de tourisme accessible. Selon un travail de bachelor, réalisé par une étudiante de la HES-SO Valais-Wallis, le pays est à la traîne dans le développement du tourisme pour les personnes en situation de handicap. «En comparaison avec l’Europe, on est en retard. Il y a des nombreux projets en ce sens en Europe. Malgré tout, il y a quand même des initiatives en Suisse», temporise Roland Schegg, professeur en tourisme à la HES-SO Valais-Wallis. «Le tourisme est un secteur complexe avec différents acteurs à différents niveaux.»

Tout à améliorer

Les experts et professionnels interrogés dans ce travail – 14 au total – énumèrent les mêmes lacunes et barrières limitant le développement de l’offre accessible en Suisse. Sont pointés du doigt : les manques de moyens et de soutiens financiers et l’absence de coordination nationale. La communication entre les parties prenantes est aussi décriée dans le rapport, tout comme le manque de connaissances du domaine du handicap et des besoins liés aux différentes déficiences. «L’information, c’est un élément clé. Elle va déterminer votre destination de séjour», souligne Roland Schegg. «Avoir un personnel formé et qui connaît les informations concernant l’accessibilité de la destination, c’est un élément très important.»

Les raisons ?

Ce travail de bachelor résonne comme une réelle prise de conscience pour les acteurs du tourisme, selon Roland Schegg, qui tente d’expliquer la mauvaise note obtenue par la Suisse en matière de tourisme accessible : «Il y a beaucoup de saisonniers qui travaillent dans le tourisme en Suisse. Ce n’est pas du personnel stable sur la durée. Ce qui démontre la difficulté d’avoir des personnes compétentes par rapport à des problématiques très spécifiques». Dans ses recommandations, l’auteur du travail de bachelor appelle les acteurs du tourisme à se former. «Le personnel n’a effectivement peut être pas les outils actuels pour cette population-là. Dans beaucoup d’écoles touristiques, il y a des cours de sensibilisation,» explique Roland Schegg de la HES-SO Valais-Wallis.

Un enjeu économique

Selon les dernières statistiques de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), publiées en 2021, 15% de la population mondiale souffre d’une forme de handicap. Une autre étude en la matière, démontre que le nombre de voyages entrepris par des personnes en situation de handicap en Europe a atteint 744 millions en 2015. C’est dire l’importance économique que représentent les touristes ayant des besoins spécifiques. «Les personnes en situation de handicap ne voyagent souvent pas seules. Un enfant en situation de handicap voyage avec toute sa famille. Le potentiel se chiffre en million en terme économique,» conclut Roland Schegg.

DM
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