La Russie accuse l'Ukraine d'une frappe sur son territoire

Certaines familles fuyant la guerre ont décidé de retourner en Ukraine après l'annonce du retrait partiel des troupes russes. ©KEYSTONE/AP/Sergei Grits
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Keystone-ATS
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La Russie a accusé vendredi l'Ukraine d'avoir mené une frappe par hélicoptères sur son sol. Elle a agité la menace d'un durcissement des négociations, alors qu'une tentative d'évacuation de civils de Marioupol sous l'égide du CICR était encore une fois reportée.

Cette frappe, la première du genre si elle était confirmée comme étant l'oeuvre de l'armée de l'air ukrainienne, intervient alors que Moscou a affirmé à plusieurs reprises avoir une maîtrise totale des airs en Ukraine. Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a aussitôt averti que cet événement n'allait pas "créer les conditions appropriées pour la poursuite des négociations".

Selon le gouverneur de la région, Viatcheslav Gladkov, des hélicoptères ukrainiens ont frappé un dépôt de carburant dans la ville de Belgorod, à une quarantaine de kilomètres de la frontière ukrainienne.

A Kiev, le gouvernement ukrainien a refusé de confirmer, mais n'a pas formellement démenti. Un conseiller de la présidence s'est borné à affirmer que l'armée ukrainienne se battait en territoire ukrainien et a suggéré un sabotage.

"Peut-être que quelqu'un a fumé là où il ne devait pas... Peut-être quelque chose d'autre, peut-être des militaires russes qui sabotent l'exécution des ordres avec les moyens accessibles", a dit ce conseiller, Oleksiy Arestovytch, dans une vidéo sur Twitter.

Reprise des négociations

Malgré ces événements, la partie russe a annoncé la reprise des pourparlers par visioconférence. "Nos positions sur la Crimée et le Donbass n'ont pas changé", a annoncé le négociateur russe Vladimir Medinski sur Telegram.

Les belligérants ont par ailleurs procédé à un échange de prisonniers, a indiqué Kiev. Selon le chef adjoint de l'administration présidentielle ukrainienne Kyrylo Tymochenko, 86 militaires ukrainiens dont 15 femmes ont été relâchés. Il n'a pas précisé le nombre de citoyens russes.

Mais l'Ukraine attend toujours une "véritable réponse aux propositions qui ont été faites à Istanbul" en début de semaine, a déclaré le premier ministre Dmytro Kouleba.

Kiev avait notamment accepté la neutralité de l'Ukraine et de renoncer à adhérer à l'Otan, à condition que sa sécurité soit garantie par un accord international avec d'autres pays face à la Russie. L'Ukraine proposait par ailleurs que la question de la Crimée et du Donbass dont Moscou veut lui faire reconnaître la perte, fasse l'objet de négociations ultérieures.

En fonction de sa réponse, "on pourra comprendre si la Russie continue de parler la langue des ultimatums" ou si elle a adopté une approche plus constructive, a estimé M. Kouleba.

Evacuation de Marioupol reportée

La présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, s'est rendue à Kiev et a assuré le Parlement ukrainien du soutien des institutions européennes. "Nous vous aiderons à reconstruire vos villes (...) lorsque cette guerre illégale, non provoquée et inutile sera finie", a-t-elle assuré. "Nous prendrons soin de vos familles contraintes de fuir (...) jusqu'au jour où elles pourront retourner chez elles reconstruire leurs vies", a-t-elle dit.

Dans le sud du pays, l'évacuation de la ville de Marioupol n'a pas pu avoir lieu vendredi le CICR. Ses neuf collaborateurs dans trois véhicules n'ont pu atteindre la ville assiégée. Les "arrangements" et les "conditions" rendaient le dispositif impossible, a souligné l'organisation à Genève.

Cette opération avait été prévue vendredi avec l'accord apparent de Moscou. Les employés du CICR "tenteront à nouveau samedi" de faciliter une évacuation sûre de civils en dehors de Marioupol. Il faut que les parties honorent les accords et garantissent la sécurité, ajoute l'organisation.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé son homologue français Emmanuel Macron à "obtenir de la Russie les conditions nécessaires à une opération humanitaire à Marioupol". Cela implique "une trêve suffisamment longue et annoncée suffisamment à l'avance", a-t-il ajouté.

Tchernobyl fonctionne "normalement"

A Tchernobyl (nord), la centrale nucléaire libérée jeudi après avoir été occupée quatre semaines durant par les forces russes n'a pas subi de dommages. Mais des soldats se sont exposés aux radiations notamment en creusant des tranchées en zone contaminée, ont indiqué les autorités ukrainiennes vendredi.

"La Russie a fait preuve d'irresponsabilité sur tous les plans", a dénoncé Dmytro Kouleba. "Le gouvernement russe (...) devra répondre aux mères, aux soeurs et aux femmes de ses soldats, leur expliquer pourquoi il les a forcés à s'exposer à ces risques", a-t-il lancé.

A Vienne, le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) Rafael Grossi n'était "pas en mesure de confirmer" ces informations. Selon lui, "le niveau de radiations autour de la centrale est actuellement normal".

La Chine appelée à "ne pas interférer"

L'UE a par ailleurs appelé vendredi Pékin à "ne pas interférer" dans les sanctions occidentales visant la Russie. Elle a averti que tout soutien à Moscou "ternira gravement la réputation" de la Chine en Europe.

Après cinq semaines de guerre, plus de 4,1 millions de réfugiés ont fui l'Ukraine, auxquels s'ajoutent presque 6,5 millions de déplacés à l'intérieur du pays, selon l'ONU. Quelque 90% de ceux qui ont fui l'Ukraine sont des femmes et des enfants. Au moins 53 sites culturels ont été endommagés, selon l'Unesco.

ATS
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