La proposition de loi sur l'énergie s'accompagnerait probablement de hausses de loyers

Isolation, changement de chaudière, installation de panneaux solaires  La loi sur l’énergie, mise en consultation jusqu’à vendredi dernier demandera d’importants investissements de la part des propriétaires.  ©Keystone-ATS
Consultation
Diana-Alice Ramsauer
Journaliste RP

Isolation, changement de chaudière, installation de panneaux solaires : en consultation, la loi sur l’énergie valaisanne demandera d’importants investissements de la part des propriétaires. Leur association parle pourtant d’une loi pondérée. D’autres groupes d’intérêt menace de lancer un référendum.

Restriction pour les chauffages à mazout, amélioration énergétique des vieux bâtiments, production autonome d’électricité obligatoire dans certains cas. La nouvelle loi sur l’énergie préparée par le Conseil d’Etat valaisan a fait le tour des groupes d’intérêts pour consultation. Délai pour déposer ses doléances : vendredi dernier. Tour d'horizon.

Rappelons tout d'abord que cette loi touche majoritairement le parc immobilier, que ce soit pour les nouvelles constructions, les extensions, les rénovations ou les bâtiments existants, avec à chaque fois des règles différenciées et évidemment des exceptions.

Une première certitude pourtant: il y aura de gros investissements à consentir pour les propriétaires. Mais selon la Chambre immobilière Valais, cela reste une bonne loi. "On sent que la réflexion principale a été de fixer des priorités. On a défini les problématiques en matière de bâtiments énergivores, sans exclure arbitrairement un chauffage ou un autre", argumente son secrétaire général, Vincent Hertig.

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Pour illustrer son propos, l'avocat de métier donne l'exemple des chauffages électriques. Il salue le fait qu'il y ait des exceptions à leur remplacement, par exemple pour les résidences secondaires. "  On sait très bien que la fréquentation des chalets et mayens du canton est plutôt faible sur une année. Le remplacement systématique de leur chauffage serait complètement disproportionné par rapport à l'utilisation qui en est faite.        Il était donc judicieux de prévoir une telle exception."

Malgré tout, pour l’association des propriétaires, l’enjeu sera désormais d’essayer de faire augmenter l’enveloppe des subventions . Le Grand Conseil avait accepté en début d'année un crédit d'engagement de 300 millions de francs.

Une opportunité pour les PME

Cette loi, c'est aussi une aubaine pour le secteur économique et les PME actives dans les domaines du bâtiment, selon Chiara Meichtry, secrétaire générale de la faîtière de la construction en Valais. Le texte aurait pourtant pu aller plus loin, selon elle. " Elle manque d'ambition, réagit-elle. Mais quand on voit le parc immobilier valaisan, on se rend compte que c'est là que l'on doit vraiment travailler en matière d'efficience énergétique. C'est évident qu'il s'agit d'opportunités d'affaires pour tout un secteur de la construction. Les entrepreneurs s'y préparent depuis longtemps. Mais ce n'est pas seulement une question économique, c'est aussi une question de société."

Le mazout, point de friction

L’un de points qui risque pourtant encore de faire parler de lui : le chauffage à mazout.

Si aucune interdiction totale n'est inscrite – c’est ce qu’avait demandé le Grand Conseil ce printemps –, ce genre d’installations devra être changé dans de nombreux cas. L'une des seules solutions pour être sûr de pouvoir garder sa chaudière: ré-isoler fortement son bâtiment, et cela dans un délai de 10 ans. "Cette obligation est beaucoup trop stricte, s'offusque Yvan Maistre, président de OilCit, l’association des professionnels des énergies fossiles en Valais. Les propriétaires ne pourront jamais tenir ce genre de délais."

Il prend l'exemple de quelqu'un qui aurait changé sa chaudière récemment et qui serait resté aux énergies fossiles, gaz ou mazout, sans ajouter une isolation complémentaire à ce moment-là. "Même si les propriétaires ont le projet d'améliorer l'enveloppe énergétique de leur maison dans un deuxième temps, cela prendra peut-être plus de 10 ans, analyse-t-il. Les démarches sont longues et les investissements financiers importants."

Un référendum pourrait être lancé

Alors que tout le monde parle d’écologie, n’est-ce pas un positionnement à contre-courant que de soutenir les énergies fossiles? "Je vais quand même vous donner un chiffre, répond Yvan Maistre. La consommation suisse de mazout est passée de 45% en 1990 à 13,5% en 2020. C'est donc une énorme baisse qui a déjà été effectuée. En Valais, on est passé de 60% à moins de 40%. On voit donc que cela va déjà dans ce sens. Mais en attendant, il faut tout de même pouvoir servir les personnes qui se fournissent en énergie fossile."

Yvan Maistre l’annonce déjà, si les articles en question devaient rester si restrictifs après le passage du texte devant le Grand Conseil, un référendum serait lancé.

Et les locataires?

Une question reste encore en suspens: à quelle sauce seraient mangés les quelque 40% de locataires valaisans si la loi passait telle quelle? Vincent Hertig, de la faîtière des propriétaires l'admet, il n'est pas exclu que les loyers augmentent. "Il est certain que cette loin va faire beaucoup de vagues, réagit-il. Mais si le Valais ne prend pas le chemin des énergies renouvelables, malgré les ressources qu'il a, je ne sais pas dans quel canton cela sera possible."

A Berne, la loi cantonale sur l'énergie avait été refusée par la population en 2019, sous prétexte que la limitation de l'utilisation du mazout dans les maisons allait avoir des impacts importants sur les loyers. Une loi similaire est actuellement en discussion à Zurich et l'enjeu est le même. "Nous espérons que cet argument ne gagnera pas. Nous pensons qu'il vaut mieux inciter que contraindre et en ce sens, la loi, même si elle contraint à certaines formes de transformation, elle reste très incitative et proscrit dans son langage toute interdiction."

Le texte doit maintenant passer devant le Grand Conseil.

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