La pression augmente sur la Russie qui s'expose à une investigation

La Russie et son ambassadeur à l'ONU à Genève Guennadi Gatilov devront être confrontés à un débat urgent qui pourrait lancer un mécanisme d'investigation international sur les violations des droits humains en Ukraine. ©KEYSTONE/FABRICE COFFRINI
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Keystone-ATS
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La pression augmente sur la Russie pour la confronter aux violations des droits humains en Ukraine. Lundi au début du Conseil des droits de l'homme à Genève, un débat urgent a été approuvé. Moscou s'est attiré de vives critiques, dont celles de l'ONU et de la Suisse.

Le débat urgent aura lieu jeudi. Dans un premier projet de résolution dévoilé lundi, le lancement d'une Commission d'enquête internationale est prévu pour un an pour évaluer les violations au Donbass depuis plusieurs années et celles dans tout le pays depuis le début de l'offensive russe. En revanche, un mandat de rapporteur spécial sur la situation en Russie, demandé par des ONG, ne s'y trouve pas.

La Russie n'aura pas réussi à rassembler une majorité pour s'opposer à un débat urgent. Parmi les 47 membres de l'instance onusienne, 29 ont voté pour cette réunion, 5 se sont opposés, dont la Chine, et 13 se sont abstenus, dont les alliés les plus proches de Moscou.

Dès le début, les travaux du Conseil sont entrés dans le vif des oppositions. L'assaut russe constitue une attaque non seulement contre l'Ukraine mais aussi "contre l'ONU" et les principes pour lesquels celle-ci a été lancée, a affirmé l'ambassadrice ukrainienne à l'ONU à Genève Yevgenyia Filipenko.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov devait venir à Genève mardi, mais la fermeture de l'espace aérien de l'UE parmi les sanctions l'empêchera de se déplacer, ont annoncé des sources gouvernementales de ce pays. Il pourrait s'exprimer par vidéo.

Moscou ciblée par Guterres

En attendant, l'ambassadeur à l'ONU à Genève Guennadi Gatilov a accusé certains pays "d'attiser les tensions". Et de contester au Conseil des droits de l'homme le mandat de pouvoir discuter de "l'appartenance territoriale" d'une région.

Depuis plusieurs années, les Occidentaux "ont détourné l'attention de la communauté internationale de l'élimination ciblée de la population du Donbass", a insisté M. Gatilov. Dans la lignée des récriminations du président Vladimir Poutine, il a dénoncé des attitudes nationalistes.

Des arguments qui fâchent jusqu'à la Suisse. Devant les autres Etats, le président de la Confédération Ignazio Cassis s'en est pris à des justifications qui ne sont "pas crédibles". Réitérant les condamnations lancées par Berne, il a dénoncé les arrestations des manifestants en Russie contre la guerre.

Selon M. Cassis, le débat urgent devra permettre "le développement et le renforcement" de la surveillance des droits humains dans le cadre de l'offensive russe. Moscou ne pourra y échapper, a suggéré de son côté le secrétaire général de l'ONU, resté à New York pour gérer la crise ukrainienne.

"Les droits humains sont incontournables" et ne peuvent être "confisqués par la dictature", a estimé Antonio Guterres, sans nommer Vladimir Poutine. Son allusion à l'interdiction récente de l'ONG russe Memorial était toutefois plus claire.

Lavrov et Kouleba

La fermeture d'une organisation "reconnue, pour son histoire et ses liens internationaux, n'est pas le signe d'un Etat fort", a-t-il ajouté. Mais celui "d'un Etat qui craint la puissance des droits humains".

Rarement le ton aura été aussi alarmiste devant le Conseil des droits de l'homme. Le monde est menacé par Moscou, selon le président lituanien. Alors que la Haute commissaire de l'ONU aux droits de l'homme Michelle Bachelet parle plus largement d'un danger pour les avancées des droits humains des dernières décennies, de la pandémie à l'Ukraine en passant par le changement climatique ou la remise en cause de l'Etat de droit.

Son bureau a lui déjà authentifié 102 victimes civiles et plus de 300 blessés en Ukraine. Mais Mme Bachelet admet que le nombre est probablement "considérablement" plus élevé. Plus de 500'000 réfugiés ont fui leur pays, selon l'ONU.

Les tensions sur cette situation devraient monter en intensité mardi devant l'instance. Outre peut-être M. Lavrov, le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken doit aussi s'exprimer par vidéo. Et ce format sera utilisé encore par leur homologue ukrainien Dmytro Kouleba, prévu mercredi.

Cette situation a mis en retrait les autres thématiques au Conseil. Lundi, le président tunisien Kais Saied a tenté de justifier sa suspension du Parlement depuis juillet dernier et l'élimination plus récente du Conseil supérieur de la magistrature.

Rapport sur le Xinjiang très attendu

"Toutes les libertés sont garanties", "sans aucune réserve", a-t-il insisté. De même, il affirme oeuvrer à un appareil judiciaire "juste et équitable".

Le Xinjiang, où seraient internés dans des camps de rééducation plus d'un million d'Ouïghours, devrait également être abordé. Un rapport de Mme Bachelet sur la région chinoise est très attendu. Les accusations contre Pékin sont "de purs et simples mensonges", a répété lundi le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi.

Des dizaines de pays seront à l'ordre du jour. Cette session est la première en présentiel depuis le début de la pandémie. Même si des restrictions restent appliquées.

ATS
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