La future loi mettrait les acteurs du cinéma à égalité

Des représentants de tous les grands partis, à l'exception de l'UDC, ont défendu jeudi la loi sur le cinéma. ©KEYSTONE/ANTHONY ANEX
Cinéma
Keystone-ATS
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Les plateformes de streaming, comme Netflix ou Amazone Prime, doivent aussi investir dans la production indigène. Les acteurs suisses et étrangers seraient ainsi mis sur un pied d'égalité. Un comité interpartis a présenté jeudi ses arguments pour la loi sur le cinéma.

Les plateformes de streaming internationales gagnent beaucoup d'argent en Suisse. Or elles n'ont aucune obligation d'investir dans le pays. L'argent part à l'étranger, comme en Espagne où les fournisseurs doivent investir 5% de leur chiffre d'affaires, a souligné jeudi Melanie Mettler (PVL/BE) devant les médias à Berne.

L'obligation d'investir monte même à 20% en Italie et 26% en France, a poursuivi la Bernoise. "Tant que la Suisse ne dispose pas d'une réglementation similaire, les grands acteurs du secteur continueront à investir dans les pays voisins." La nouvelle loi sur le cinéma, soumise au peuple le 15 mai, entend mettre fin au désavantage concurrentiel suisse.

Les plateformes devront verser chaque année au moins 4% de leurs recettes brutes au secteur audiovisuel helvétique. Elles seront également obligées de programmer 30% de films européens, comme l'exigent la majeure partie des pays alentour.

Liberté d'investir

Craignant une augmentation des abonnements aux plateformes en ligne ou une obligation de regarder certains films, les jeunes de droite et du centre ont lancé le référendum. A leurs yeux, la loi passe à côté des besoins et des demandes des consommateurs.

Saluant l'engagement de leurs juniors, les parlementaires ont toutefois balayé leurs craintes. Les abonnements n'ont pas augmenté dans les pays ayant introduit une obligation d'investissement. La loi est en outre tout à fait compatible avec une politique libérale, a noté Matthias Michel (PLR/ZG).

"Les plateformes ont l'obligation d'investir, mais elles sont libres de décider où elles investissent", a-t-il poursuivi. "Elles peuvent acheter des films ou des séries déjà produites, commander des productions chez des partenaires indépendants ou se lancer dans une coproduction", a complété Regula Rytz (Vert-e-s/BE).

Intérêt des consommateurs

Plusieurs orateurs ont donné en exemple le succès de "La Casa de Papel" ("La Maison de papier") après son rachat par Netflix. La série française "Lupin" a aussi cartonné, a souligné Matthias Aebischer (PS/BE). "Les séries européennes sont regardées. L'intérêt du consommateur est là". Et le Bernois d'espérer que des productions suisses aient un aussi grand succès international.

"Si aucun film suisse n'est disponible sur Netflix, personne ne regarde des films suisses", a relevé Lilian Studer (PEV/AG). "Une impulsion est nécessaire pour que cette possibilité existe." Le potentiel est là, a complété Andrea Gmür (Centre/LU). "La branche cinématographique suisse produit des films et des séries de haute qualité et concurrentiels à l'échelle internationale."

Les spectateurs profiteront d'une offre plus variée. Les régions d'une visibilité accrue. Et le secteur de l'hôtellerie-restauration de nouveaux clients. La nouvelle loi bénéficiera aux petites et moyennes entreprises, a continué la Lucernoise.

Le projet n'introduit en outre ni un impôt ni une subvention, a souligné Matthias Michel. Il ne coûterait rien aux citoyens. "C'est un investissement qui renforcera la branche cinématographique suisse." Elle recevrait environ 18 millions de francs par an.

ATS