La forêt face à l'être humain: exposition sur un lien d'amour-haine

Au fil des récits et des oeuvres exposées, la présentation du Musée national sensibilise les visiteurs aux dégâts causés à la forêt et à la déforestation à travers l'histoire. Elle met aussi en lumière le rôle protecteur voire curatif de la forêt ... ©Musée national suisse
Exposition
Keystone-ATS
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Le Musée national de Zurich consacre une exposition au rapport de l'être humain à la forêt au cours de l'histoire. Elle en retrace l'évolution et son influence sur la culture, l'art et la littérature, entre exploitation, destruction et protection.

Intitulée "Dans la forêt. Une histoire culturelle", l'exposition visible dès vendredi jusqu'au 17 juillet retrace à la fois l'exploitation destructrice de la forêt par l'homme, le rôle régénératif et protecteur que l'être humain lui a attribué et le combat pour la survie de la forêt. Elle présente aussi des oeuvres d'art et littéraires inspirées de ce lien en constante évolution, indique le musée mercredi.

La visite débute par une immersion au coeur de la forêt qui permet de percevoir des bruits et des représentations suggérant sa mise en danger par l'être humain. Un chapitre est ensuite consacré à l’utilisation de la forêt par l'homme depuis la préhistoire jusqu’au 19e siècle, entre destruction et exploitation industrielle. Il met en avant le bois en tant qu ressource naturelle essentielle.

Idéalisation artistique face à la destruction

La salle suivante est dédiée aux représentations de la forêt dans l’art. Le contraste y est saisissant: plus la destruction de la forêt avance avec l’industrialisation, plus la représentation de la forêt est idéalisée. Dans leurs contes, les frères Grimm font le grand écart entre la dangerosité de la forêt et son idéalisation.

Au 20e siècle, les artistes s’éloignent des approches figuratives de la forêt pour s’orienter vers une expérimentation directe avec la matière comme par exemple Max Ernst (1891-1976) dans "Historie Naturelle", portfolio publié en 1926. Plus récemment, Joseph Beuys a ouvert la voie d'une forme politique de l'art consacré à la forêt.

Les défenseurs de la forêt équatoriale

Dans la partie suivante de l'exposition, une image grand format sensibilise les visiteurs aux dégâts causés à la forêt. Les défenseurs de la nature y entrent en scène, du 19e siècle à nos jours. La forêt équatoriale y occupe une place centrale avec Armin Casper et Anita Guidi en Amazonie, ainsi que celle de Bornéo, défendue avec ses habitants par Bruno Manser jusqu'à en mourir.

La visite se poursuit à travers des oeuvres d'artistes contemporains, consacrées principalement au changement climatique et au pillage de la nature par l'économie. On y trouve des créations de Franz Gertsch, de Denise Bertschi ou encore de Guido Baselgia.

Peut-on encore sauver la forêt?

Le public peut ensuite s'informer sur la présence et le rôle de la forêt aujourd'hui, ainsi que ses vertus curatives. Elle représente 30% de l'ensemble de la surface de la planète.

Depuis 1990, entre 100'000 et 160'000 km2 de forêt sont détruits chaque année dans le monde, pour son bois, pour en faire du papier, des espaces de pâturage ou pour céder la place à la culture du soja ou de l’huile de palme. Les efforts de reboisement commencent toutefois à porter leurs fruits.

La partie finale de l'exposition s'interroge sur la possibilité ou non de sauver encore la forêt. Elle met en avant une étude de l'EPFZ sur la reforestation, mais en présente aussi les réactions critiques qui appellent à donner la priorité à l'arrêt des émissions de CO2. Une sculpture d'Ugo Roninone, exacte réplique d’un olivier du sud de l’Italie datant de plus de 2000 ans, fait l'effet d'un présage du changement climatique.

Dans la cour intérieure du musée, le public peut en outre s’asseoir dans l’"Arène pour l’arbre" et méditer sur l’avenir de la forêt. Au centre de cette oeuvre de Klaus Littmann se trouve un arbre sans feuillage qui invite spectatrices et spectateurs à réfléchir à leur rapport à la forêt.

ATS
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