La Canadienne Julie Doucet Grand Prix du festival d'Angoulême

Julie Doucet avait participé au Festival Fumetto en 2017 à Lucerne. ©KEYSTONE/THOMAS DELLEY
Bande dessinée
Keystone-ATS
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La Canadienne Julie Doucet a remporté mercredi le Grand Prix de la Ville d'Angoulême. C'est la consécration la plus prestigieuse dans la bande dessinée.

La Québécoise de 56 ans est seulement la quatrième femme à inscrire son nom à ce palmarès, après les Françaises Claire Bretécher et Florence Cestac et la Japonaise Rumiko Takahashi. Elle y est aussi la première Canadienne, la très grande majorité des lauréats étant européens, surtout Français ou Belges.

Elle est récompensée pour l'ensemble de son oeuvre, essentiellement composée de fanzines où elle laisse libre cours à une esthétique punk et une imagination débridée. "J'ai beaucoup de mal à y croire. En fait, je suis très nerveuse", a-t-elle déclaré sur la scène du Théâtre national à Angoulême.

Julie Doucet est connue surtout pour les fanzines qu'elle a signés il y a une trentaine d'années, "Dirty Plotte", expressionnistes voire trash, réunis en un volume récemment dans des éditions anglaise, espagnole puis française.

Devenu quasi introuvable, et objet de culte pour de nombreuses dessinatrices, ce travail a été remis en lumière en novembre grâce à sa publication en un volume par l'éditeur français L'Association. Derrière sa couverture ornée d'autoportraits colorés, le livre qui en a été tiré, "Maxiplotte" (400 pages dont la grande majorité en noir et blanc), est réservé à un public averti.

"Tout ça, c'est parti de presque rien, un petit fanzine dans les années 80 avec un titre pas très net. Et me voici à Angoulême, j'ai gagné le prix le plus important de l'industrie de la bande dessinée", a ajouté cette autrice qui fait très peu d'apparitions publiques.

Femmes

Elle a cependant été plébiscitée par le vote de ses pairs, devant deux Françaises, Pénélope Bagieu et Catherine Meurisse, déjà battues en finale l'année précédente par l'Américain Chris Ware.

La difficulté des femmes, de plus en plus nombreuses comme autrices, à s'imposer dans le milieu de la BD, autrefois perçu comme machiste, est un sujet de polémique récurrent à Angoulême. Celles-ci sont en effet beaucoup plus touchées par la précarité que leurs collègues masculins et elle accèdent encore peu aux postes de direction dans les maisons d'édition.

La question a été illustrée par la difficulté de la Cité internationale de la BD d'Angoulême à trouver une candidate pour devenir directrice générale après le départ de Pierre Lungheretti. C'est un homme qui a décroché le poste, Vincent Eches, connu comme directeur du festival de BD Pulp en région parisienne.

Après-Covid

"Je voudrais dédier ce prix à toutes les autrices du passé, du présent et du futur", a affirmé Julie Doucet.

Le Festival d'Angoulême s'est ouvert mercredi soir après avoir dû annuler son édition 2021 en raison de l'épidémie de Covid-19 et reporter celle de 2022 à une date inhabituelle. Un mal pour un bien: depuis fin janvier, période à laquelle il se tient traditionnellement, la situation sanitaire s'est suffisamment améliorée pour permettre d'accueillir le grand public sans pass vaccinal, ni masque.

La dernière édition en date, en 2020, avait attiré près de 200'000 visiteurs dans la cité charentaise, qui revendique le titre de "capitale mondiale de la BD".

Hommage à l'Ukraine

Le Festival s'est ouvert mercredi soir par un "concert de dessins" en hommage au peuple ukrainien, qui affronte l'invasion de l'armée russe déclenchée en février.

Le dessinateur de BD américain Chris Ware, qui remettait le prix 2022 à Julie Doucet après l'avoir lui-même remporté en 2021, a comparé le président russe Vladimir Poutine à "la brute de la cour de récréation".

ATS
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