«Jouer au foot, c’est montrer que nous sommes vivants»: Denys Boyko, gardien du Dynamo Kiev

Denys Boyko, gardien du Dynamo Kiev, est en Valais avec son équipe. Enchaînant les matches amicaux depuis le début de la guerre dans son pays, il raconte ce que vit son peuple et comment il l'aide en jouant en football.

Samedi soir, le FC Sion jouait son avant-dernier match de préparation. A Savièse, les Valaisans ont perdu 1-0 contre le Dynamo Kiev. Une rencontre amicale comme le club ukrainien en a joué une vingtaine depuis le début de l’année. En raison de la guerre avec la Russie, son championnat a été interrompu. Les joueurs de Mircea Lucescu sillonnent l’Europe pour rappeler la gravité de la situation dans leur pays. C’est le cas de Denys Boyko. L’Ukrainien de 34 ans est père de famille et gardien du Dynamo Kiev. Interview.

Denys Boyko, comment se passe votre séjour en Valais ?
On est ici pour préparer la saison. C’est toujours une période durant laquelle on travaille beaucoup, avec deux entrainements par jour. C’est nécessaire pour être prêts pour le 2e tour qualificatif de la Champions League à la mi-juillet contre Fenerbahçe. Ces matches amicaux sont un excellent moyen de nous préparer pour les matches officiels.

Des matches officiels, vous n’en avez plus joué depuis décembre. Ça vous manque ?
Bien sûr que ça manque. Nous avons besoin de jouer des matches officiels. Depuis la trêve hivernale du championnat ukrainien, ça n’a pas été le cas. Actuellement, on se prépare pour en rejouer. Mais dans la situation actuelle, on ne sait pas ce qui va se passer demain. La guerre est le plus grand problème. Toutes les équipes ukrainiennes vivent cette période trouble. 

«Quand la guerre a éclaté, un sentiment que je n’avais jamais ressenti avant m’a envahi.» Denys Boyko

Et vous, comment la vivez-vous ?
L’agression russe est une chose terrible. C’est incroyable. Je le redis, on vit sans savoir ce qui peut se passer le lendemain. Tout le peuple ukrainien, notre pays entier, nos clubs – de football ou ceux d’autres sports – doivent gérer cela. Pour aider, on peut juste faire de notre mieux. En ce qui me concerne, cela veut dire jouer des matches pour la paix et être concentré là-dessus, sur notre préparation.

Quels souvenirs gardez-vous du 24 février dernier, jour où la guerre a éclaté ?
Je me suis réveillé à la maison, avec ma famille. Sur le moment, je n’ai pas compris ce qui était en train de se passer. Quand j’ai réalisé, ça a été très difficile. Je ne sais pas comment le dire… un sentiment que je n’avais jamais ressenti avant m’a envahi. J’ai tout d’abord cherché à mettre ma famille en sécurité. Une fois que ce fût le cas – grâce à l’aide du Dynamo –, j’ai enfin pu prendre la réelle portée de ce qui était en train de se produire: la guerre. Au XXIe siècle, c’est quelque chose d’anormal. Pour lutter, on a continué à vivre le plus normalement possible, en continuant à jouer à foot, à s’entraîner.

«Les Russes tuent notre peuple, ils tuent nos enfants, ils brûlent tout, détruisent tout.» Denys Boyko 

C’est possible, dans ce contexte ? 
Non. Parce que c’est la guerre. La vraie guerre. Quand les Russes disent que c’est autre chose, ce n’est pas vrai. La vérité est que c’est la guerre. Ils tuent notre peuple, ils tuent nos enfants, ils brûlent tout, détruisent tout. Donc c’est compliqué de se concentrer sur le football. Mais c’est notre job, on doit être professionnel. On doit le faire pour notre peuple, pour notre pays. Ces matches pour la paix rapportent de l’argent pour ceux qui en ont besoin en Ukraine. 

Vous avez quitté l’Ukraine avec votre famille. Quels contacts avez-vous gardé sur place ?
J’ai beaucoup d’amis qui y sont encore. Ma femme et mes enfants vivent à Bucarest, mais mes parents sont toujours en Ukraine. Ils sont dans un endroit sûr, mais je suis tout de même très inquiet pour eux. Les Russes bombardent tout notre pays. Tu ne sais pas où la prochaine bombe peut tomber. C’est vraiment horrible. J’ai aussi des amis engagés dans l’armée. Ils font tout ce qu’ils peuvent pour que notre peuple dorme bien et puisse se réveiller chaque matin. 

«C’est la guerre. On doit le dire tous les jours pour que le monde ne l’oublie pas.» Denys Boyko 

Quel est le rôle du football dans tout ça ?
C’est une période difficile pour tout le monde. Quand on joue au foot, on montre à notre peuple que nous sommes vivants. On essaie de parler de la guerre pour la dénoncer, expliquer à l’Europe et au monde ce qui se passe en Ukraine. C’est la guerre. On doit le dire tous les jours pour que le monde ne l’oublie pas. C’est notre mission quand on est hors du pays.

Denys Boyko, vous avez 34 ans et une longue carrière de footballeur derrière vous. Ce que vous vivez actuellement est-il comparable à quoique ce soit d’autre que vous ayez vécu ? 
En aucun cas. Jamais je n’aurais pu imaginer qu’au XXIe siècle, il y ait la guerre dans mon pays. C’est incroyable…

«Je n’ai jamais pensé à quitter le club à cause de la guerre. C’est inenvisageable.» Denys Boyko 

Avez-vous pensé à quitter le Dynamo Kiev en signant dans un autre club européen pour protéger votre famille, pour vous protégez vous-même ?
Non. Comme je l’ai dit, le club a tout fait pour nos familles, pour le staff, pour toutes les personnes qui travaillent pour le Dynamo. Je n’ai jamais pensé à quitter le club à cause de la guerre. C’est inenvisageable. Je dois aider le club, mon pays. Je ne peux pas partir maintenant.

Pensez-vous que le championnat ukrainien va reprendre prochainement ?
Oui, c’est possible. Et on doit reprendre le championnat. C’est important pour notre pays, pour notre peuple. On doit montrer au monde entier qu’on est vivants, qu’on continue à jouer au football, qu’on continue à vivre, qu’on fait tout ce qu’on peut, en Ukraine, pour gagner cette guerre. Le sport est un moyen pour le faire. 

JG
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