Insultée et menacée, la présidente du Conseil de la magistrature porte plainte

Carole Melly-Basili, présidente du Conseil de la magistrature
Justice
Didier Morard
Journaliste

Des élus menacés en France après l'adoption du pass vaccinal : les images ont fait le tour des médias. Mais le Valais a aussi droit à son lot de personnalités menacées. La présidente du Conseil de la magistrature en a fait l'amère expérience.

Il ne fait pas bon être présidente du Conseil de la magistrature. Carole Melly-Basili l'a vu de ses propres yeux. En juillet dernier, le nom de la Sierroise est mentionné dans plusieurs emails incendiaires envoyés à près de 300 personnalités valaisannes – essentiellement des députés, des constituants et des chefs de service. Selon les documents reçus cette semaine par Rhône FM, l'auteur des courriels dénonçait l'incompétence de Carole Melly-Basili. " On a l'habitude de recevoir un email par-ci, par-là, de mécontents du système judiciaire de manière générale. Mais là, ce sont quatre emails envoyés en moins de 48 heures [NDLR : entre le 14 et le 17 juillet 2021], où on passe à des attaques ciblées sur ma personne", indique Carole Melly-Basili.

"Il y a clairement une ligne rouge qu'on ne doit pas franchir."Carole Melly-Basili, présidente du Conseil de la magistrature

L'auteur des emails est ensuite monté en puissance et a focalisé ses attaques sur la Sierroise. Il l'a traité de menteuse, de salope et qu'elle était le fruit d'un inceste. L'expéditeur a même divulgué l'adresse privée de Carole Melly-Basili, tout en indiquant qu'elle était mère de deux enfants en bas âge. Des propos graves qui ont poussé, celle qui est également députée PDC, à porter plainte. " Il y a clairement une ligne rouge qu'on ne doit pas franchir. On doit laisser la liberté d'opinion et de critique, par contre les insultes, la calomnie et les menaces sont inacceptables", selon Carole Melly-Basili.

Une sécurité renforcée au Grand Conseil

Ces menaces sont restées pour l'heure lettre morte et tant mieux. Mais cet épisode a tout de même fortement marqué Carole Melly-Basili : " Ces menaces, qui touchaient ma sphère privée et intime, ont fait que ça a créé une certaine inquiétude d'abord chez moi et auprès de mon entourage." Outre le dépôt de plainte, la présidente du Conseil de la magistrature a également pris les choses en main pour améliorer sa sécurité. " J'ai dû faire supprimer mon adresse privée du site parlementaire. J'ai ensuite contacté le Service parlementaire, qui m'a assuré que pour la session de septembre, il y aurait un renforcement de la présence policière de manière générale", indique Carole Melly-Basili.

Un auteur introuvable

La députée sierroise dépose plainte à chaque nouvel envoi. La présidente du Conseil de la magistrature indique qu'elle ira jusqu'au bout de la procédure judiciaire, qui en est à ses débuts. Pour l'heure, l'auteur de ces emails a été identifié mais reste introuvable. " On n'arrive pas à identifier clairement son lieu de vie. Ça veut dire qu'on n'arrive pas à lui envoyer des recommandés. On a une adresse en Valais mais cette personne se dit domiciliée à l'étranger. On doit donc passer par la voie diplomatique et internationale pour lui notifier des correspondances, ce qui prend beaucoup de temps", déplore Carole Melly-Basili.

La présidente du Conseil de la magistrature n'est pas la seule représentante de la justice valaisanne à subir les attaques de cet individu. Plusieurs autres personnalités judiciaires sont citées dans ces emails.

DM

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