Insolite : des apiculteurs valaisans victimes de vols de ruches et d'abeilles

En dix ans, 24 ruches ont été dérobées et signalées à la Police cantonale valaisanne. ©Keystone-ats
Faits divers
Didier Morard
Journaliste

Après plusieurs mois au chaud dans leur ruche, les abeilles sortent gentiment de leur hibernation avec l'arrivée des beaux jours. Les apiculteurs retournent aussi auprès de leurs protégées mais attention aux mauvaises surprises.

Certains apiculteurs pourraient bien ne pas voir leurs abeilles butiner. En cause : les vols d'abeilles, de colonies ou de ruches. Le vol peut paraître insolite et pourtant, chaque année plusieurs cas son signalés aux forces de l'ordre. En dix ans, 24 ruches ont été dérobées, selon les statistiques de la Police cantonale valaisanne. Le phénomène pourrait même être plus important car de nombreux apiculteurs ne signalant pas ces larcins.

" Celui qui a pris les abeilles, c'est quelqu'un qui est apiculteur."François Schoch, président de la Fédération d'Apiculture du Valais Romand

Ailleurs en Suisse, Vaud détient le record de vols avec 15 ruches dérobées en cinq ans, selon les chiffres de la Société Romande d’Apiculture (SAR). Fribourg suit avec 7 vols enregistrés et le Valais complète ce podium. Et comble de malheur, les auteurs de ces vols sont souvent des apiculteurs eux-mêmes. " Celui qui a pris les abeilles, c'est quelqu'un qui est apiculteur", déplore François Schoch, président de la Fédération d'Apiculture du Valais Romand (FAVR). En cas de ruche vide, deux scénarios s'offrent à l'apiculteur : le vol ou la désertion de la colonie – par exemple en raison de contamination aux produits de traitement des végétaux. " Si on ouvre la caisse et on voit qu'il n'y a plus de cadres sur lesquels se construisent les abeilles, alors là on peut se douter que c'est un vol. Il n'y a pas de raison de retrouver une caisse complètement vide si on n'est pas intervenu", explique François Schoch.

La différence entre un vol et une désertion d'abeilles

Et retrouver les auteurs de ces larcins, relève quasiment de la mission impossible. " On [NDLR: la Police cantonale] ne va pas se retrouver derrière chaque rucher mais les garde-chasses, les garde-faunes, les polices municipales peuvent tomber sur des cas de manière fortuite", indique Clément Formaz, sergent à la Police cantonale valaisanne.

Se prémunir contre les vols

Les forces de l'ordre misent sur la prévention pour éviter les vols. Elles émettent plusieurs recommandations :

  • Passer régulièrement au rucher
  • Entre apiculteurs, s'auto-surveiller
  • Tatouer au fer rouge toutes les ruches, voire toutes les pièces qui composent la ruche
  • Fixer les ruches au banc
  • Poser une alarme stridente
  • Placer une caméra ou un appareil photo captant les mouvements. Attention à placarder une affiche pour signaler l'installation. Les caméras ne peuvent en outre pas filmer un accès public
  • Placer des traqueurs, qui se fixent sur la ruche ou les cadres
  • Rester discret sur l'emplacement des ruches, tout en respectant l'obligation de les annoncer au Service vétérinaire cantonal

Et si malgré ces précautions, vous vous faites voler vos ruches, vous pouvez compter sur les assurances pour les dédommagements. " En cotisant à la section locale, qui elle-même fait partie de la FAVR, qui elle-même fait partie de la SAR, on est automatiquement couvert contre le vol et la déprédation", précise François Schoch.

Les assurances contre les vols d'abeilles

Pour ceux qui ne sont pas membres d'une section locale d'apiculture, ils peuvent aussi s'assurer individuellement. Contactée, la Chambre valaisanne des agents généraux d'assurances (CVAGA) a confirmé que les vols ou les déprédations de ruches pouvaient être assurés.

Phénomène inquiétant en France
Les cas restent marginaux en comparaison au nombre d'apiculteurs en Valais – près de 1'500. La situation française est bien plus préoccupante. L'Hexagone a connu une recrudescence des vols d'abeilles en été 2021. " Il y a une très grande différence entre l'apiculture française et suisse. En Suisse, on est des miliciens alors qu'en France la majorité sont des apiculteurs professionnels. Quand quelqu'un perd la moitié ou les deux-tiers de son exploitation, ça peut l'amener à aller se recompléter auprès d'un collègue, sans lui demander", regrette François Schoch de la FAVR.
DM

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