FIFA: le MPC requiert 35 mois contre Jérôme Valcke

Jérôme Valcke, ancien secrétaire général de la FIFA, arrive au Tribunal pénal fédéral avec ses avocats, Me Elisa Bianchetti et Me Patrick Hunziker. ©KEYSTONE/TI-PRESS/Samuel Golay
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Keystone-ATS
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Le Ministère public de la Confédération a requis mardi des peines de 35 mois contre Jérôme Valcke, de 28 mois contre Nasser Al-Khelaïfi et de 30 mois contre le troisième accusé dans le procès en appel sur les droits TV de la FIFA.

Pour la procureure fédérale Cristina Castellote, Jérôme Valcke doit être reconnu coupable de gestion déloyale aggravée et corruption passive. La condamnation pour faux dans les titres doit être confirmée et conduire à une augmentation adéquate de la peine requise. Nasser Al-Khelaïfi doit être convaincu d'instigation à gestion déloyale et le troisième accusé d'instigation à gestion déloyale aggravée et corruption active.

Les parties ont établi un "arrangement corruptif": la procureure fédérale a ouvert son réquisitoire en se référant au verdict de la Cour des affaires pénales à l'automne 2020 qui a abouti à la condamnation du seul Jérôme Valcke, l'ancien secrétaire général de la Fédération internationale de football association (FIFA), pour faux dans les titres.

L'acquittement de Nasser Al-Khelaïfi, de Valcke et du troisième accusé pour les griefs relevant de la corruption "explique pourquoi nous sommes là", deux ans plus tard, a ajouté la magistrate. Elle a estimé que la première instance avait procédé à une lecture sélective de la loi et de la jurisprudence relatives à la corruption.

"Un jugement d'un autre temps"

La procureure a qualifié de "pure spéculation" l'appréciation de la Cour des affaires pénales selon laquelle la FIFA n'aurait pas pu obtenir davantage pour des compétitions prévues pour les 16 ans à venir. Elle a qualifié le premier verdict de "jugement d'un autre temps", lorsque la corruption privée n'était pas réprimée. "Je vous demande de sortir de cette conception dépassée."

Revenant sur les faits, Cristina Castellote a rappelé que le troisième accusé avait contacté Jérôme Valcke parce qu'il n'était pas satisfait des conditions posées en 2013 par la division TV de la FIFA. Le secrétaire général a alors pesé de son poids pour faire entériner un contrat d'intermédiaire favorable à l'agence de son interlocuteur.

Un service rémunéré par un versement de 500'000 euros à une société contrôlée par Valcke. Ce paiement, inscrit comme "prêt" dans la comptabilité, a valu au Français sa condamnation pour faux dans les titres en 2020. Le secrétaire général sera à nouveau actionné un an plus tard pour un nouveau contrat, avec 500'000 euros et 250'000 euros à la clé.

Le soleil de la Sardaigne

Passant aux liens avec Nasser Al-Khalaïfi, président de BeIN Media et de Paris St-Germain, la représentante du Parquet a évoqué un premier courriel d'avril 2014 à Valcke afin d'obtenir son appui dans l'acquisition de droits TV. A ce moment, celui-ci a besoin d'argent pour acheter un nouveau yacht et la luxueuse Villa Bianca qu'il convoite en Sardaigne.

Quelques courriels plus tard et le soleil de la Sardaigne semble se lever pour Jérôme Valcke et son épouse. Mais les réjouissances sont prématurées, estime la procureure. Avec une villa et un yacht sur les bras, le Français avouera durant l'instruction qu'il était financièrement "à l'agonie". La seule issue est de s'adresser à son ami Nasser et de faire activer les choses à la FIFA pour les droits TV.

A fin mai 2015, les accusations du Département de la justice des Etats-Unis contre de hauts dignitaires de la FIFA sont publiées, rappelle Cristina Castellote. Il est temps pour Khelaïfi de se distancer de Valcke et de la Villa Bianca. Cette dernière est alors reprise par un ami qatari, "par contrat rétroactif", autrement dit antidaté, souligne la procureure.

C'est ainsi qu'est née la légende, contée à la justice, du prêt à l'ami qatari pour lancer sa société immobilière. "Mais ces immenses efforts n'ont pas permis de faire disparaître les liens entre Nasser Al-Khelaïfi et Jérôme Valcke", a conclu la magistrate.

Entendu en début d'après-midi, l'ancien secrétaire général est apparu très embarrassé lorsque le président lui a demandé d'expliquer la confusion entre les actifs de sa société et son patrimoine personnel. "J'étais seul actionnaire, je ne voyais pas de problème à disposer de ces actifs", a-t-il bredouillé.

ATS
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