Etude sur une collection archéologique suspecte des musées valaisans : résultats désormais publics

De g. à d. Mathias Reynard, Anne-Catherine Sutermeister, Pierre-Yves Nicod et Marc-André Haldimann dans les réserves des musées cantonaux ©vs
Histoire
Christian Hermann
Rédacteur en chef adjoint

La collection archéologique Guigoz dont des objets sont suspectés d’avoir été spoliés, a fait l’objet d’un rapport dont les résultats ont étés publiés ce mardi. Une collaboration des universités romandes a voulu faire la lumière sur cette affaire pleine de mystère.

« Une opération transparence » selon le Conseiller d’Etat Mathias Reynard… « Un travail éthique de nettoyage de notre histoire » aux yeux d’Anne-Catherine Sutermeister, cheffe du service de la culture.
Ce sont les moteurs qui ont conduit au rapport établi sur les origines de la collection Guigoz. Des origines douteuses, examinées depuis 2014 sous toutes leurs coutures par des spécialistes de plusieurs universités de Suisse romande, dirigés par Marc-André Haldimann, chercheur à l’université de Berne et Pierre-Yves Nicod, co-auteur et conservateur du département Antiquité au musée d’histoire du Valais, également présents à la conférence.

Une histoire parsemée de points d’interrogations

La collection a été constituée de 1930 à 1960 par Edouard Guigoz, un industriel d’origine bagnarde et résidant au Tessin. Il aurait organisé des fouilles clandestines et récupéré des pièces issues de spoliations, notamment aux juifs, dès 1933. La collection a été donnée au musée cantonal du Valais en 1970 à la mort du collectionneur.
Mais cette collection a été retirée à la vue du public en 1985 et stockée depuis dans les réserves des musées cantonaux. Avec les changements de législation en matière de transferts internationaux de biens culturels mais aussi sur la base d’allégations portants sur de possibles spoliations, une vaste étude a été lancée en 2014 sur ce dossier épineux quant aux origines des quelque 3700 pièces réunies. Ses résultats ont donc été présentés aujourd’hui.

Un devoir éthique de restitution si nécessaire

« C’est aussi et surtout pour susciter des demandes de restitution » a exprimé Pierre-Yves Nicot. Il est en effet très clairement ressorti des différentes interventions que pour respecter l’éthique et la déontologie muséale les restitutions sont encouragées. Mais la restitution s’annonce ardue étant donné que l’origine des pièces n’est souvent pas connue. Pour l’instant, une seule pièce a été rendue à l’Italie, le 28 octobre 1979 : une sphinge en marbre datant de l’époque romaine, identifiée lors d’une exposition à la « Grange à l’évêque » en 1976, incontestablement volée à Ostie dans les années cinquante.
« Ce travail s’ouvre aujourd’hui sur un nouveau chapitre avec l’accès au public mais aussi aux pays qui pourraient réclamer des restitutions », précise Anne-Catherine Sutermeister.

L'étude a été soutenue financièrement par l'office fédéral de la culture et la filleule d'Edouard Guigoz
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La collection intégrale, inventoriée et décrite par les chercheurs, est accessible sur le site https://www.vallesiana.ch. Pour trouver la collection tapez « Edouard Guigoz » puis sélectionnez « Musées cantonaux du valais » pour y accéder.

 

CH/Timothée Lovisa
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