Elections locales: lourdes pertes pour Johnson à Londres

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a voté tout sourire jeudi soir à Londres, mais les premiers résultats sont très mauvais pour le parti conservateur (archives). ©KEYSTONE/EPA/ANDY RAIN
Grande-Bretagne
Keystone-ATS
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Le parti conservateur du Premier ministre Boris Johnson, affaibli par les scandales, a essuyé vendredi de lourdes défaites à Londres lors d'élections locales. Les résultats laissaient également augurer un tournant historique en Irlande du Nord.

Trou d'air de mi-mandat ou véritable début de la fin pour le dirigeant conservateur? Si le décompte n'est pas terminé, le camp de Boris Johnson, miné par les révélations sur les fêtes à Downing Street et l'envolée des prix, a déjà essuyé des pertes chargées de symboles dans la capitale.

L'opposition travailliste a remporté à Londres les conseils locaux de Westminster, contrôlé par les Tories depuis sa création en 1964, de Barnet ainsi que Wandsworth, "conseil favori" de l'ex-Première ministre Margaret Thatcher. Hors de la capitale, le Labour n'obtient pour l'heure que des gains limités, tandis que de plus petits partis, Libéraux-démocrates et Verts, progressent.

Depuis sa circonscription à l'ouest de Londres, Boris Johnson a évoqué des résultats "mitigés". Il a reconnu une "dure soirée" jeudi pour les conservateurs dans certaines régions mais revendiqué une progression dans d'autres.

Enhardi par les premiers résultats, le chef du parti travailliste Keir Starmer a salué un "tournant": "Nous avons envoyé un message au Premier ministre, la Grande-Bretagne mérite mieux", a-t-il déclaré, avant de tweeter "le changement commence maintenant".

Onze conseils perdus

Selon les résultats encore partiels, les conservateurs perdent 11 conseils et plus de 170 sièges par rapport à 2018 tandis que le Labour remporte sept conseils et plus de 110 élus supplémentaires.

Bien que marquées traditionnellement par des enjeux très locaux et une faible participation, ces élections jaugent pour la première fois les effets du scandale des fêtes à Downing Street pendant les confinements, une affaire qui a valu à Boris Johnson d'être sanctionné par une amende.

Au pouvoir depuis 12 ans, les conservateurs se voient aussi reprocher leur soutien insuffisant à des ménages étranglés par l'inflation, qui devrait culminer cette année à plus de 10% selon la banque centrale. Le président du parti conservateur, Oliver Dowden, s'est efforcé de tempérer, mettant ces "résultats difficiles" dans la droite ligne de ce que l'on peut attendre d'un scrutin qui intervient à mi-mandat.

La popularité de Boris Johnson, 57 ans dont bientôt trois à Downing Street, s'est effondrée après le "partygate". Il a pour l'instant traversé la tempête, mettant en avant son rôle moteur dans le soutien occidental à l'Ukraine, et se dit déterminé à rester au pouvoir et mener la bataille des prochaines législatives en 2024.

Malgré la "mauvaise performance" électorale des Tories, le politologue Simon Usherwood, de l'Open University, estime que le Premier ministre n'est pas menacé dans l'immédiat. "Ce n'est un signal assez fort pour convaincre de nombreux députés qu'il est temps de se débarrasser de Johnson", explique-t-il à l'AFP.

Le Labour, principal parti d'opposition, espère bien tirer profit de ses faiblesses. Mais Keir Starmer, qui a plusieurs fois appelé Boris Johnson à la démission, est à son tour visé par une enquête de police, soupçonné d'avoir enfreint les règles sanitaires pour avoir partagé bières et currys avec son équipe fin avril 2021 avant une législative partielle.

Risque de paralysie

En Irlande du Nord, où sont renouvelés les 90 élus de l'assemblée locale de Stormont, le décompte des voix a commencé vendredi matin et pourrait se prolonger samedi voire au-delà.

Un séisme politique s'annonce: les sondages donnent le Sinn Fein en tête de l'Assemblée locale pour la première fois en cent ans d'histoire de la province britannique, sous tension depuis le Brexit.

Une victoire du Sinn Fein, l'ex-vitrine politique de l'organisation paramilitaire Armée républicaine irlandaise (IRA), propulserait sa vice-présidente Michelle O'Neill au poste de cheffe du gouvernement local, qui doit être dirigé conjointement par nationalistes et unionistes en vertu de l'accord de paix de 1998.

Elle amorcerait une possible redéfinition du Royaume-Uni: le parti prône une réunification avec la République d'Irlande, même s'il a relégué cette revendication au second plan au profit des questions sociales. Le score du centre non-aligné sera également scruté. Le risque d'une paralysie politique plane.

ATS
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