Edimilson Fernandes: le couteau suisse de Murat Yakin

Christophe Moreillon
Journaliste sportif RP

Edimilson Fernandes a disputé lundi face au Brésil les premières minutes de sa carrière en Coupe du Monde. Convoqué par Murat Yakin en tant que doublure au poste de latéral droit, il est entré sur la pelouse en tant qu’ailier gauche. Preuve de l'atout numéro 1 du Valaisan: sa polyvalence.

Cinquante-huitième minute de jeu lundi soir au stade 974 de Doha. Le score est toujours de 0-0 entre la Suisse et le Brésil dans ce deuxième match de la phase de groupes pour les deux équipes. Murat Yakin se tourne vers son banc, décidé à changer quelque chose. Il choisit de sortir ses deux hommes de couloir: Ruben Vargas d’un côté, Fabian Rieder (qui remplaçait Xherdan Shaqiri, blessé) de l’autre. Le panneau du 4ème arbitre indique l’entrée du numéro 11: Renato Steffen. Puis s’affiche en vert le chiffre 2, celui porté sur son maillot par Edimilson Fernandes.

«Avec Yakin, on a pris deux semaines pour apprendre à se connaître.» Edimilson Fernandes

Le Valaisan apparaît pour la 23ème fois de sa carrière sous les couleurs helvétiques.  La 1ère dans un match de Coupe du Monde et la 1ère, aussi, sous les ordres de Murat Yakin. Intronisé il y a dix-huit mois, le Bâlois ne l’avait en effet jamais appelé lors des rassemblements précédents. «On a pris deux semaines pour apprendre à se connaître», relève l’ex-junior du FC Sion. «Rapidement, il s’est rendu compte de ma polyvalence. Il me l’a dit: tu peux jouer partout. À droite, à gauche, en défense, au milieu, en numéro 10, vraiment partout.»

Latéral droit ou ailier gauche, peu importe

Le joueur de Mayence ne contredit pas le sélectionneur. «Je sais m’adapter à tous les rôles, c’est vrai.» Appelé à priori à être la doublure de Silvan Widmer au poste de latéral droit, c’est donc finalement en position d’ailier gauche qu’«Edi» débarque face à la Seleçao. «J’ai coulissé sur la droite après le but brésilien, lorsque le coach a voulu passer à trois derrière.»

«Il y a quelques mois, je devais quitter Mayence. Mon club ne me voulait plus mais j’ai décidé de m’accrocher.» Edimilson Fernandes

Peu importe le côté et la position - avancée ou non - sur le terrain, le Valaisan a fait le job. Avec lui, Murat Yakin possède dans sa poche un couteau suisse des plus aiguisés. Le principal intéressé se voit là récompensé pour son abnégation, sa résilience. «Il y a quelques mois, je devais quitter Mayence. Mon club ne me voulait plus. Le coach n’était pas tendre avec moi mais j’ai décidé de m’accrocher. J’ai travaillé deux fois plus dur et malgré la situation, j’ai toujours pensé à cette Coupe du Monde.»

Yakin présent à Mayence début octobre

De retour en grâce sur la droite du trio défensif de l’actuel 10ème de Bundesliga, Edimilson Fernandes obtient finalement son visa pour le Qatar. «Yakin m’a appelé deux semaines avant de dévoiler sa liste pour me dire qu’il était content de mes performances et que je serai du voyage. Il s’était déplacé en personne début octobre lors de notre match contre Leipzig.» Et même si le sélectionneur avait peut-être (sûrement?) décider de s’y rendre avant tout pour superviser Silvan Widmer, l’un de ses éléments de confiance et le capitaine du club allemand, le Valaisan de 26 ans a eu le mérite de sauter sur l’occasion pour montrer de quoi il était capable.

«Au début du match, le coach m’a dit de me tenir prêt. Il avait déjà prévu de me faire entrer dans ce couloir gauche.» Edimilson Fernandes

Si Murat Yakin a découvert, ou plutôt vu de ses propres yeux, la polyvalence du Fulliérain depuis quinze jours, le numéro 2 a pour sa part appris à connaître le fin technicien qu’est l’ancien entraîneur du FC Sion. «C’est un coach qui est très proche de ses joueurs. Il nous parle énormément et c’est quelque chose que j’apprécie. Au début du match contre le Brésil, il m’a dit de me tenir prêt. Il avait déjà prévu de me faire entrer dans ce couloir gauche. Encore une fois, moi je me sens capable d’évoluer partout sur le terrain. À lui de choisir où je suis le plus utile à l’équipe.»

Une solution offensive à trouver

S’il ne boude pas son plaisir d’avoir pu à nouveau porter ce maillot rouge à croix blanche et d’avoir pu effectuer son baptême en Coupe du Monde, Edimilson Fernandes ne masque pas la frustration unanime qui habite le groupe helvétique depuis ce court revers 1-0 face à l’un des grands favoris du tournoi. «On est tous déçus de ce résultat. On savait que c’était une grosse équipe et on l’a vu: ça allait vite de partout. Mais on a livré une bonne prestation et il n’a finalement manqué que le petit but. Après, c’est vrai qu’on n’a pas eu énormément d’occasions. À nous de bien bosser à l’entraînement pour trouver la solution offensivement.»

«La Serbie sera encore une grosse équipe mais nous avons aussi nos qualités.» Edimilson Fernandes

Cette solution, les Helvètes seraient bien inspirés de la (re)trouver d’ici à vendredi et ce duel face aux Serbes aux allures de finale pour la qualification. «Ce sera encore une grosse équipe mais nous avons aussi nos qualités. Il nous reste trois jours pour bien nous préparer et aborder ce match dans les meilleures conditions. J’espère qu’Okafor et Shaqiri seront de retour avec nous car ce sont deux éléments très importants sur et en dehors du terrain.»

Avec trois points au compteur après deux matches contre un seul pour la Serbie et le Cameroun, la donne est claire pour l'équipe de Suisse. Un nul vendredi devrait lui suffire...à moins que les Lions indomptables ne s'imposent largement face au Brésil. Pour s'éviter tout calcul, elle aurait raison de s'imposer face à des Serbes en quête de revanche après le duel remporté par Xhaka, Shaqiri et compagnie en 2018 en Russie.

CM/ATS
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