Des législatives maltaises sur fond de guerre et de corruption

Robert Abela est le grand favori des législatives à Malte (archives). ©KEYSTONE/AP AFP Pool/LUDOVIC MARIN
Malte
Keystone-ATS
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Les Maltais ont voté samedi pour des élections législatives qui devraient aboutir à la reconduction du gouvernement sortant. Malgré le spectre de la corruption, l'exécutif peut se prévaloir d'une bonne gestion de la pandémie de Covid-19.

Les bureaux de vote ont fermé à 22h00 après une journée de scrutin marqué par une mobilisation apparemment en baisse des électeurs. Le taux de participation dépasse généralement les 90% à Malte. Les premiers résultats sont attendus dimanche vers midi.

Dans le pays encore sous le choc de l'assassinat d'une journaliste d'investigation, le premier ministre travailliste Robert Abela est le grand favori de ce scrutin. Il met en avant sa gestion de la crise sanitaire et le bilan économique de son parti.

Mais l'image du parti travailliste reste associée aux accusations de corruption révélées par la journaliste Daphne Caruana Galizia, dont l'assassinat en octobre 2017 avait choqué le pays et le monde. Critiqué pour ses tentatives d'influencer l'enquête, Joseph Muscat a quitté son poste de premier ministre (travailliste) au début 2020.

Economie florissante

Son successeur a pris des mesures pour renforcer l'Etat de droit et la liberté de la presse, encore insuffisantes pour les militants anti-corruption et la famille de Caruana Galizia. Lors d'une réunion de campagne jeudi, M. Abela a exhorté ses partisans à lui "faire confiance" afin qu'il "puisse continuer à changer les choses".

Le leader du parti nationaliste, Bernard Grech, a lui mis en garde lors d'un rassemblement dans la capitale La Valette: "Notre démocratie est en jeu". Les deux hommes ont voté dans leurs fiefs respectifs de Marsascala et Mosta.

"Ils travaillent tous dans le même sens. La question, c'est qui est le plus capable", analysait Rosanna Cutajar, une assistante commerciale de 42 ans, après avoir voté à La Valette.

Située au large de la Sicile, l'île de Malte est le pays le plus petit et le plus densément peuplé de l'Union européenne, avec environ 516'000 habitants pour 316 km2.

L'ancienne colonie britannique, où le catholicisme est religion d'Etat, a bâti une économie florissante reposant essentiellement sur le tourisme, les sociétés offshore et les jeux en ligne, mais fait face aux accusations la présentant comme un paradis fiscal.

L'Etat a été placé l'an dernier par le groupe d'action financière (GAFI) sur une "liste grise" de pays sous surveillance accrue en raison de leur exposition au blanchiment d'argent et au financement du terrorisme et est critiqué pour son système de "passeports dorés" accordant la citoyenneté à de riches investisseurs qui, souvent, ne s'y rendent jamais.

"On ne respire pas"

Sous la pression politique, M. Abela a suspendu ce programme pour les Russes et les Biélorusses après l'invasion de l'Ukraine, mais le Parlement européen a demandé ce mois-ci la suppression de tous les programmes de ce type dans l'UE.

Pour de nombreux électeurs, la croissance économique reste la principale préoccupation. Après une chute libre de l'économie provoquée par la crise sanitaire, la croissance a dépassé les 9% l'année dernière, revigorée par l'appui du gouvernement aux particuliers et aux entreprises.

Autre enjeu majeur sur l'archipel: l'environnement. Les habitants se plaignent régulièrement d'un manque des espaces verts suite à l'explosion des constructions ces dernières années. Les gratte-ciel modernes se multiplient entre les vieux bâtiments en pierre et les routes sont souvent encombrées par la circulation.

"Il y a des camions partout, on ne respire pas. Il y a de la poussière, du béton, pas d'arbres, pas de vert, zéro", se plaint Vincent Borg, 68 ans, en prenant son petit déjeuner à Mosta.

ATS
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