Des éthiciens appellent à ne pas juger les personnes non vaccinées

Juger moralement les personnes non vaccinées contre le coronavirus ou les distinguer des personnes vaccinées ne stoppera pas la pandémie, avancent des éthiciens (image symbolique). ©KEYSTONE/GAETAN BALLY
Coronavirus
Keystone-ATS
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Les personnes non vaccinées contre le Covid-19 n'ont pas à subir de jugement moral. Des éthiciens avancent que distinguer "personnes vaccinées louables" et "personnes non vaccinées condamnables" ne permettra pas de stopper la pandémie. Ils appellent à plus d'éthique.

Alors que les hôpitaux font face à la cinquième vague de coronavirus, des personnes vaccinées ne comprennent pas que des personnes non vaccinées malades du Covid mobilisent des ressources médicales considérables et que des jeunes non vaccinés alors en bonne santé meurent aux soins intensifs. Dans un appel publié mercredi, la Société suisse d'éthique biomédicale (SSEB) met en garde contre une telle vision.

Celle-ci peut faire penser aux vaccinées qu'elles ne peuvent plus être infectés et infecter les autres. Elle peut aussi les amener à ne plus assez protéger les autres, ni à se protéger elles-mêmes.

Les individus ont le droit de consentir ou de refuser la vaccination après en avoir pesé le pour et le contre, rappelle la SSEB. Le corps médical n'a pas à juger de la "responsabilité personnelle supposée ou réelle" d'un non vacciné qui contracterait la maladie. D'un point de vue éthique, il a le droit d'être pris en charge médicalement.

La SSEB concède toutefois que le grand nombre de personnes non vaccinées reste un défi pour les structures hospitalières. Elle propose donc plutôt de favoriser le dialogue et l'information ainsi que de promouvoir l'obligation morale de se faire vacciner. "Nous avons en outre tous l'obligation morale de limiter nos contacts sociaux et d'appliquer les mesures d'hygiène appropriées", écrit-elle.

Eviter le triage des patients

Les éthiciens insistent aussi sur la solidarité et une coordination entre citoyens, autorités et institutions au vu de la "phase très critique" du point de vue épidémiologique. "De nombreuses personnes gravement malades risquent de manquer de soins au vu du report toujours plus fréquent de traitements et d'interventions."

Afin d'éviter de devoir recourir au triage des patients, la SSEB demande aux autorités d'"assumer leur responsabilité". "Une hésitation prolongée peut s'avérer lourde de conséquences", avance-t-elle.

Et d'exiger des mesures strictes pour enrayer les contaminations. Les éthiciens demandent aussi de clarifier le financement des interventions spécifiques à la pandémie et une meilleure coordination des prestataires face à la pénurie des ressources. Ils souhaitent encore des critères pour le report d'interventions planifiables.

Personnes à ne pas oublier

La SSEB pense également aux enfants et aux jeunes, aux personnes souffrant de troubles psychiques, aux seniors seuls ou encore aux personnes en situation précaire. Ces catégories de personnes ne doivent pas être oubliées lors de la mise en oeuvre des mesures.

Celles-ci doivent être en adéquation avec la protection de la personnalité et de la qualité de vie. Ainsi, les éthiciens n'approuvent par exemple pas les interdictions strictes de visite dans les EMS et les hôpitaux.

Ils ont également une pensée pour le personnel soignant, qui doit être respecté et valorisé. "Epuisés sur les plans physique et mental", de plus en plus de professionnels de la santé démissionnent, déplore la SSEB. Ils doivent pouvoir accomplir leur travail dans des conditions "acceptables". La population est donc invitée à notamment éviter les hospitalisations "inutiles".

ATS