Derry commémore le "Bloody Sunday", la soif de justice intacte

Personnes prenant part à une marche pour commémorer le 50e anniversaire du Bloody Sunday à Derry, portant des images des victimes. ©KEYSTONE/AP/Peter Morrison
Irlande du Nord
Keystone-ATS
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Des proches des 13 manifestants abattus par des soldats britanniques lors du "Bloody Sunday" ont réitéré dimanche leur appel pour que justice soit rendue. Cela lors du cinquantième anniversaire de l'un des jours les plus sombres du conflit nord-irlandais.

Lors d'une cérémonie à Londonderry, les noms des victimes ont été égrenés au son d'une flûte irlandaise, après un défilé dans les rues de la deuxième ville d'Irlande du Nord.

Pour Michael McKinney, dont le frère a été tué lors de la manifestation qui s'est achevée dans un bain de sang le 30 janvier 1972, le gouvernement britannique a "peur" de ce qui pourrait émerger si des soldats étaient jugés.

"On ne nous réduira pas au silence"

"On ne nous réduira pas au silence", "nous vaincrons", a-t-il ajouté, invoquant le message entonné par les manifestants pour les droits civiques en 1972 à Derry, - appellation que les habitants préfèrent au nom officiel de Londonderry, synonyme de domination britannique.

En tête de cortège 50 ans après, 14 enfants portant une rose blanche - bien que mort quelques mois après d'une autre cause selon l'enquête officielle, un homme blessé ce jour-là est considéré par les familles comme le 14e mort du "Bloody Sunday".

Le Premier ministre irlandais Micheal Martin est devenu le premier dirigeant de la République d'Irlande à se rendre à la cérémonie annuelle, où il a déposé une gerbe de fleurs.

"Le processus complet et la justice des tribunaux devraient être déployés", a-t-il déclaré à la presse après une entrevue en privé avec des proches de victimes.

Hommage de U2

Sur les réseaux sociaux, U2 a publié une version dépouillée de son célébrissime "Sunday Bloody Sunday" (1983) avec Bono au chant et The Edge à la guitare. La vidéo s'achève des images fortes de l'époque: le père Edward Daly ajoutant son mouchoir blanc taché de sang, pour ouvrir la voie à John Duddy porté par un groupe d'hommes. Le boxeur de 17 ans est considéré comme le premier mort du "Bloody Sunday".

Il faudra attendre 1998 pour que l'accord de paix du Vendredi saint mette un terme aux trois décennies de conflit des "Troubles", qui ont fait 3500 morts.

Rapport réalisé à la hâte

L'armée britannique avait affirmé que les parachutistes avaient répondu aux tirs de "terroristes" de l'IRA (Armé républicaine irlandaire, paramilitaires opposés à toute présence britannique sur l'île d'Irlande), version confortée par un rapport réalisé à la hâte.

Malgré tous les témoignages contredisant cette version, il faudra attendre 2010 pour que soit officiellement reconnue l'innocence des victimes, atteintes pour certaines dans le dos ou même à terre, agitant un mouchoir blanc.

Des excuses, mais aucun jugement

A l'issue de l'enquête la plus longue - 12 ans - et la plus coûteuse qu'ait connue le Royaume-Uni (près de 200 millions de livres sterling, soit 240 millions d'euros au taux actuel), le Premier ministre de l'époque, David Cameron, avait présenté des excuses officielles pour ces actes "injustifiés et injustifiables".

Aucun soldat n'a été jugé pour le Bloody Sunday. Les poursuites pour meurtres engagées contre l'un d'eux ont été abandonnées pour des questions juridiques et le gouvernement britannique a présenté un projet de loi pour mettre un terme à toutes les poursuites liées au "Troubles", dénoncé de toutes part comme une "amnistie".

A l'entrée du quartier catholique du Bogside, le slogan "Il n'y a pas de justice britannique" ("There is no British Justice") a pris place pour l'occasion sur le célèbre pan de mur historique marquant jadis l'entrée du "Derry libre".

Brexit

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a qualifié cette semaine le Bloody Sunday de "jour tragique dans notre histoire". Ces derniers mois, les effets du Brexit ont souligné la fragilité de l'équilibre de l'accord de paix.

Les dispositions douanières décriées, destinées à éviter toute frontière terrestre avec l'Irlande - mais en établissant une maritime de facto avec la Grande-Bretagne - font actuellement l'objet d'intenses négociations entre Londres et Bruxelles.

Elles ont aussi ravivé les tensions communautaires: lors d'émeutes à Belfast au printemps, les portes des "murs de la paix" séparant quartiers catholiques et protestants ont été enflammées.

Les élections locales en mai s'annoncent déterminantes. Avec un recul des unionistes, une victoire des républicains est jugée crédible. Le Sinn Fein, autrefois branche politique de l'IRA, souhaite d'ici cinq ans un référendum sur la réunification de l'île.

ATS
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