Benoît XVI accusé d'inaction face à des prêtres pédophiles

Le cardinal Joseph Ratzinger, avant qu'il ne devienne pape, n'a pas agi pour empêcher des abus de la part d'ecclésiastiques dans quatre cas, selon un rapport publié jeudi en Allemagne. (archives) ©KEYSTONE/AP/Gregorio Borgia
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Keystone-ATS
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Un rapport commandé par l'Eglise a jeté une ombre jeudi sur la réputation de l'ancien pape Benoît XVI, l'accusant de n'avoir rien entrepris pour empêcher des prêtres de commettre des abus sexuels sur mineurs dans l'archevêché allemand qu'il dirigea dans les années 80.

Le cardinal Joseph Ratzinger, avant qu'il ne devienne pape, n'a pris aucune mesure pour écarter quatre ecclésiastiques soupçonnés de violences sexuelles sur mineurs, ont affirmé les avocats du cabinet Westpfahl Spilker Wastl (WSW) dans ce rapport.

Dans une prise de position transmise aux avocats, le pape émérite de 94 ans, qui vit retiré au Vatican depuis sa démission en 2013, rejette "strictement" toute responsabilité, une position que les experts ne jugent "pas crédible", a déclaré l'avocat Martin Pusch.

Car dans deux cas, il s'agissait de membres du clergé qui avaient commis plusieurs agressions attestées, y compris par des tribunaux, souligne-t-il. Les deux prêtres sont restés au sein de l'Eglise et rien n'a été entrepris.

"Au courant"

Les auteurs se disent "convaincus" que Mgr Ratzinger, qui dirigea l'archevêché de Munich et Freising, était ainsi au courant du passé pédophile du prêtre Peter Hullermann. Ce dernier était arrivé en 1980 de Rhénanie du nord-Westphalie en Bavière, où il a commis des sévices pendant des décennies sans être inquiété.

En 1986, un tribunal bavarois l'a pourtant condamné à une peine de prison avec sursis. Mais il a alors été transféré dans une autre ville bavaroise, où il aurait récidivé. Il faudra attendre 2010 avant qu'il soit contraint à la retraite.

Joseph Ratzinger a nié avoir connu le passé de ce prêtre, dont le cas avait fait les gros titres en 2010, au moment du pontificat de Benoît XVI.

"Phénomène effrayant"

Les auteurs du rapport ont également épinglé le cardinal Reinhard Marx, actuel archevêque de Munich et Freising, pour avoir fait preuve de négligence dans deux cas de prêtres soupçonnés d'agressions sexuelles sur des enfants.

C'est précisément le cardinal Marx qui avait commandité le rapport. Il doit s'exprimer brièvement sur ses conclusions dans l'après-midi.

Globalement, l'avocate Marion Westpfahl a dénoncé "le phénomène effrayant des dissimulations" systématiques de cas de violences sur mineurs entre 1945 et 2019 -période couvert par le rapport- visant avant tout "à protéger l'institution Eglise".

"La prise en compte" des victimes "reste insuffisante à de nombreux points de vue, également après 2010", quand furent révélés les premiers scandales de pédophilie dans l'église allemande, a ajouté M. Pusch.

Le Saint-Siège a fait savoir qu'il allait prendre connaissance du rapport, dont il ne connait pas encore le contenu.

"En redisant son sentiment de honte et de remords pour les violences sur mineurs commises par des clercs, le Saint-Siège assure toutes les victimes de sa proximité et confirme la voie qu'il a empruntée pour protéger les plus petits en leur garantissant un environnement sûr", a déclaré Matteo Bruni, directeur de la salle de presse du Saint-Siège.

"Paroles creuses"

L'enquête de Munich constitue un nouveau chapitre dans l'élucidation des actes de pédophilie qui touchent l'Eglise catholique dans le monde entier.

En Allemagne, elle reste la première confession, même si ses fidèles la fuient en masse: ils sont tombés à 22,2 millions en 2020, une réduction de 400'000 comparé à 2019 et de 2,5 millions par rapport à 2010.

Il y a quatre ans, un rapport a dévoilé qu'au moins 3677 enfants avaient été victimes d'agressions sexuelles commises depuis 1946 par plus d'un millier de membres du clergé allemand. La plupart n'ont jamais été sanctionnés. Depuis, chaque diocèse a mandaté des enquêtes locales.

Après des excuses officielles, l'Eglise a fixé un dédommagement - jugé insuffisant par les victimes - pouvant aller jusqu'à 50'000 euros par personne, contre 5000 euros jusqu'ici.

Mardi, Matthias Katsch, qui dirige l'association de victimes Eckiger Tisch, a de nouveau réclamé "une indemnisation appropriée" au lieu de "paroles creuses".

Reste à savoir quelles conséquences auront les révélations des avocats de Munich.

L'an passé, l'archevêque de Hambourg Stefan Hesse, mis en cause pour négligence dans le traitement de cas de pédophilie au diocèse de Cologne où il avait officié, avait remis sa démission au pape François, qui l'a refusée.

Mgr Marx avait lui aussi démissionné en juin pour "partager la responsabilité de la catastrophe des abus sexuels commis". Là aussi, le pape a décliné.

ATS
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