Au Soudan, des milliers de manifestants contre le pouvoir militaire

Au total depuis le coup d'État, au moins 57 personnes ont été tuées et des centaines d'autres blessées, selon le Comité des médecins, un syndicat indépendant (archives). ©KEYSTONE/AP/Marwan Ali
Soudan
Keystone-ATS
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Des milliers de Soudanais se sont de nouveau rassemblés jeudi dans tout le pays pour protester contre le pouvoir militaire. Trois manifestants ont été tués par balles dans la capitale Khartoum et sa banlieue, a annoncé le Comité central des médecins au Soudan.

L'un a été tué dans le nord de la capitale Khartoum par des tirs de "balles réelles à la poitrine de la part des forces putschistes", a précisé cette association indépendante. Deux autres ont été tués à Omdourman, en banlieue de Khartoum.

Au total, la répression des manifestations contre l'armée a fait 60 morts et des centaines de blessés depuis le coup d'Etat mené le 25 octobre par le général Abdel Fattah al-Burhane.

Selon des témoins, les forces de l'ordre ont aussi tiré à Khartoum des gaz lacrymogènes contre la foule qui avançait vers le palais présidentiel et le QG de l'armée.

Pouvoir civil

En dépit d'une répression meurtrière, l'Association des professionnels soudanais, fer de lance de la révolte contre le dictateur Omar el-Béchir déchu en 2019 et contre les militaires depuis le putsch du 25 octobre, avait appelé à de nouvelles manifestations pour réclamer un pouvoir entièrement civil.

"Nous continuerons à manifester jusqu'à ce que nous ayons remis sur les rails notre révolution et notre gouvernement civil", a martelé un manifestant de 23 ans. "Nous n'arrêterons pas jusqu'à ce que nous ayons retrouvé notre pays", a renchéri une protestataire de 22 ans.

Jouant des percussions et entonnant des chants patriotiques, les manifestants ont brandi des pancartes avec les photos de personnes tuées par la répression des forces de l'ordre depuis le coup d'Etat.

Manifestations en province

Hors de la capitale, de nombreux Soudanais manifestaient aussi à Port-Soudan (Est), Atbara (Nord) et à Wad Madani (Sud), ainsi que dans les Etats de Darfour-Centre et Darfour-Sud, selon des témoins.

A Atbara, les manifestants ont appelé le général Burhane à "rendre les clés du pays et à partir". A Wad Madani, la foule scandait: "il n'y a d'autorité que celle du peuple", tout en exigeant que les militaires "retournent dans leurs casernes". "Non, non au pouvoir militaire", martelaient encore des manifestants au Kordofan-Nord (centre).

Détenu puis réinstallé par le chef de l'armée un mois après le coup d'Etat, le Premier ministre et visage civil de la transition Abdallah Hamdok a démissionné dimanche à l'issue d'une journée de manifestations violemment réprimées, qui ont fait trois morts. "J'ai tenté de mon mieux d'empêcher le pays de glisser vers la catastrophe, alors qu'aujourd'hui il traverse un tournant dangereux qui menace sa survie", avait-il alors déclaré.

"Il n'y a aucun intérêt à ce que se prolonge le vide étatique", a déclaré jeudi un conseiller du général Burhane, Taher Abouhaga, cité par l'agence de presse officielle Suna. "Ce vide doit être comblé au plus vite", a-t-il ajouté, laissant entendre que le pouvoir se préparait à nommer un nouveau Premier ministre.

Appel au dialogue

Le général Burhane, qui a prolongé de deux ans son mandat à la tête du pays, promet toujours des élections pour juillet 2023. Les Etats-Unis, l'Union européenne, le Royaume-Uni et la Norvège ont exhorté mardi les militaires soudanais à ne pas nommer unilatéralement un nouveau chef du gouvernement.

Cela "saperait la crédibilité" des institutions de transition "et risquerait de plonger le pays dans un conflit", ont-ils averti. Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a appelé mercredi sur Twitter les forces de l'ordre soudanaises à "cesser l'utilisation de la force létale contre les manifestants". Il a aussi dit souhaiter un "dialogue mené par les Soudanais et aidé par (la communauté) internationale".

La Suisse exhorte elle aussi tous les acteurs à s'engager pour une transition démocratique. La liberté d'expression et de réunion doit être protégée, il faut mettre fin à l'usage excessif de la force contre les civils et les manifestants pacifiques et les responsables de violations doivent rendre des comptes, a écrit mercredi sur Twitter le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).

ATS
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