Approvsionnement électrique : les barrages pourraient devoir constituer des réserves d'eau

Le plus massif barrage d'Europe reste une source d'hydroélectricité unique ©gde-dixence-SA
Energie
Didier Morard
Journaliste

Les entreprises électriques devront sans doute constituer des réserves de force hydraulique en cas d'urgence dès l'hiver prochain. Objectif de la mesure : sécuriser l'approvisionnement en électricité.

Les barrages pourraient ne plus se retrouver à sec en fin d'hiver. Une loi actuellement en discussion aux Chambres fédérales prévoit de demander aux firmes électriques de retenir une certaine quantité d'eau dans les lacs d'accumulation. Cette mesure a pour vocation de sécuriser l'approvisionnement électrique de la Suisse, dans à un marché international très instable. " C'est un outil efficace pour pallier à une situation délicate en fin d'hiver. Typiquement, les barrages se vident en fin d'hiver. Si de manière inattendue, il y a une vague de froid ou une disponibilité des centrales en Europe plus faible, ces réserves pourraient être activées", explique Amédée Murisier, responsable de la production hydraulique chez Alpiq.

"C'est un outil efficace pour pallier à une situation délicate en fin d'hiver."Amédée Murisier, responsable de la production hydraulique chez Alpiq

Face à l'urgence de la situation, le Conseil fédéral pourrait même faire fi des discussions parlementaires et prévoir la mesure par voie d'ordonnance. Elle entrerait ainsi en vigueur dès l'hiver prochain. " Sur le principe, les ouvrages sont à même de stocker cette eau. Il n'y a pas de préparation spéciale à faire. Il y a pas contre des discussions au sein de la branche sur les modalités de cette retenue, notamment quel est le rôle de l'organisme neutre qui déciderait d'utiliser les réserves", précise Amédée Murisier.

Si la mesure entre en vigueur, 15% de la production hydroélectrique valaisanne pourrait ainsi passer en réserve.

Compensations financières

La constitution de ces réserves engendrera des pertes de revenu pour les fournisseurs d'électricité. "Les prix du marché sont typiquement plus chers l'hiver : en janvier, février, mars. Ils commencent ensuite à diminuer en avril, mai lorsque la fonte des neiges commence. La cote maximale est atteinte au début de l'automne. On entre dans l'hiver en utilisant l'eau et on sort de l'hiver avec le barrage en cote minimale", indique Amédée Murisier.

Changement de paradigme

Pour combler les pertes financières des barragistes, la Confédération leur a prévu des indemnisations. " C'est une contrepartie indispensable car les entreprises produisent le plus possible en hiver, au moment où l'énergie est plus chère. Si des réserves sont constituées, alors il faut compenser les propriétaires de barrage pour la production qui n'aura pas lieu parce qu'on gardera cette eau en réserve", argumente Amédée Murisier.

La nouvelle loi sur l'énergie prévoit deux autres mesures : l'accélération des procédures pour développer les énergies renouvelables et la construction de nouveaux ouvrages hydrauliques.

DM
Les articles les plus lus