Appel à plus d'ambitions dès l'année prochaine (projet de document)

Keystone-ATS
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Le premier projet de document final de la COP26 appelle les Etats à revenir dès l'année prochaine avec des plans conformes à l'Accord de Paris. Pas suffisant, selon les ONG. Boris Johnson croit encore que la réunion peut contribuer à limiter à 1,5°C le réchauffement.

Dans la nuit de mardi à mercredi, la présidence britannique de la COP a fait circuler pour la première fois plusieurs projets de textes. Ceux-ci vont toutefois encore faire l'objet d'importantes discussions d'ici la fin de la réunion vendredi et seront probablement révisés.

Le projet de document final appelle notamment à réduire les émissions de CO2 de 45% d'ici 2030 par rapport à 2010 et à la neutralité carbone d'ici 2050. Mais la Chine, l'Arabie saoudite, accusée de vouloir faire échouer la COP, ou encore l'Inde ont annoncé des objectifs de neutralité carbone moins rapides. A 2060 pour Pékin ou Riyad et même 2070 pour New Delhi.

Dans le projet de document, des efforts sont demandés dès l'année prochaine. Les Etats devraient revenir avec des objectifs et des plans de neutralité carbone en ligne avec l'Accord de Paris. Soit trois ans avant la date prévue pour la révision des contributions nationales.

Le WWF international salue cette anticipation mais ajoute que le projet constitue l'approche minimale à avoir. "Ce n'est pas assez", a réagi de son côté la directrice exécutive de Greenpeace international qui cible un projet pas adapté aux défis.

Accélérer la fin des subventions au charbon

Le président de la COP26 Alok Sharma a relevé qu'il n'était pas question de revenir sur l'objectif de limiter à 1,5°C, au maximum 2°C, le réchauffement d'ici 2100. Mais selon différentes évaluations, les efforts récents des Etats, notamment ceux annoncés à Glasgow, permettraient au mieux d'atteindre 1,8°C, même si l'étude considérée comme la plus sérieuse arrive plutôt à 2,4°C. Lundi, l'ONU avait conclu que toutes les annonces ne changeraient pas vraiment son estimation d'un réchauffement de 2,7°C.

Devant la presse, le premier ministre britannique Boris Johnson, de retour à Glasgow pour quelques heures, a estimé possible un succès qui permette d'atteindre la limite de 1,5°C. "C'est incertain", a-t-il dit, demandant aussi aux dirigeants de pousser leurs équipes de négociations.

Autre indication, le projet de décision finale "appelle les parties à accélérer la fin des subventions au charbon et aux énergies fossiles", une première. "Nous, les ONG, avons poussé depuis longtemps pour ce résultat", a affirmé à Keystone-ATS à Glasgow l'expert climat du WWF Suisse, Patrick Hofstetter.

Le projet de décision relève également l'importance d'étendre l'adaptation au réchauffement climatique étant donné la multiplication des situations météorologiques extrêmes. Pas assez ambitieux, selon la directrice de Greenpeace qui dénonce aussi le manque de résolution sur le financement. Les Etats riches sont seulement appelés à rapidement augmenter le financement de l'adaptation des pays en développement.

Leur promesse de mobiliser au moins 100 milliards de dollars par an dès 2020 n'a pas été honorée, provoquant la colère des ONG et de certains pays moins aisés. Les pays riches, de même que l'ONU, les institutions financières ou le secteur privé devraient également étendre l'aide à ces Etats pour les effets déjà observés du changement climatique, selon le projet de document.

Discussions sur le marché carbone

Et plusieurs autres projets de textes portent eux sur l'article 6 de l'Accord de Paris, l'une des composantes les plus discutées entre les Etats. Celui-ci permet à un pays d'alimenter ses efforts de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre en finançant des projets favorables au climat à l'étranger, soit dans un accord bilatéral, soit dans un système international.

"Nous devons décider dans les prochains jours si la situation reste aussi mauvaise qu'actuellement ou si nous faisons un pas dans la bonne direction", ajoute M. Hofstetter.

Or, le Brésil souhaiterait la possibilité d'un double comptage, dans le pays contributeur et le pays récipiendaire. Une revendication contre laquelle la Suisse lutte et qui bloquerait un accord vers un mécanisme légal "robuste" d'application des compensations. Selon des sources convergentes, la délégation brésilienne pense un arrangement possible et aurait offert un compromis avec une solution dès 2030.

Cette approche brésilienne semble avoir été entendue. Il ne manque plus que "la volonté politique" pour un accord, selon M. Sharma. Un système uniforme pour appliquer les "ajustements correspondants" de ce dispositif entre Etats ne serait en vigueur qu'en 2031, selon le projet de décision.

ATS
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