Retour

06.06.2020 - 10:00

Les "frimeurs" en voiture dans le viseur de la police

Une offensive est menée dans certains cantons contre les "frimeurs" en voiture. La police dénonce les fanfarons et confisque les véhicules "dopés". Le phénomène, qui semble se concentrer surtout en Suisse alémanique, se retrouve dans le viseur du monde politique.

Le "tuning" de voitures n'est pas une nouveauté. Pour ces passionnés de belles mécaniques, le bruit des moteurs sonne comme de la musique. Le phénomène a toutefois atteint son paroxysme durant le confinement lié à la crise du coronavirus, avec des routes vides et les frontières fermées.

Dans certains cantons, la police effectue depuis le début du mois d'avril des contrôles ciblés envers ces fanfarons, qui causent souvent des nuisances sonores. Ces dernières semaines, les plaintes, réclamations et immobilisations de véhicules se sont accumulées.

"En plus des propres observations de la police, des signalements remontent de plus en plus souvent de la population", confirme à Keystone-ATS Stefan Blättler, président de la Conférence des commandants des polices cantonales (CCPCS). Les polices vont en conséquence se concentrer sur le problème.

Moins répandu en Suisse romande

Le phénomène semble moins répandu en Suisse romande. Dans le canton de Vaud, la police cantonale observe une légère augmentation des cas, toutefois pas significative. "Nous ne pouvons pas statistiquement confirmer s’il y a un lien de cause à effet avec la pandémie", indique la porte-parole Olivia Cutruzzolà.

A Genève, la police est intervenue à cinq ou six reprises, de mi-mars à mi-mai, suite à des signalements pour des automobilistes qui profitaient du peu de voitures sur les routes pour "pousser le moteur", note le porte-parole Alexandre Brahier. "Nous ne pouvons toutefois pas parler d'un phénomène".

Même s'il ne dispose pas de statistiques détaillées, le canton du Valais n'observe pas d'augmentation notable par rapport à une période normale, précise un porte-parole de la police cantonale. Des contrôles sont effectués, mais aucune campagne spécifique n'est menée.

Une centaine de plaintes à Winterthour

A l'inverse, la ville de Winterthour, par exemple, a déjà recensé une centaine de plaintes cette année pour des modifications techniques non autorisées et du bruit, contre une trentaine en 2019. La police cantonale zurichoise a déjà rédigé environ 250 rapports cette année dans le domaine "tuning" à l'intention des autorités d'enquête.

La police cantonale de Saint-Gall a dénoncé une cinquantaine de ces "frimeurs" et immobilisé 11 véhicules. Une centaine de cas ont été signalés dans le canton de Thurgovie. Autre "point chaud", le canton d'Argovie prend de plus en plus de mesures face à ce phénomène, visé par des pétitions dans de nombreuses communes.

La police de la circulation de Bâle-Ville a également intensifié ses contrôles sur les modifications techniques apportées aux véhicules, qui entraînent nuisances sonores et excès de vitesse. Selon le porte-parole, Toprak Yerguz, de plus en plus de véhicules bruyants ou probablement "tunés" sont signalés.

Une question politique

Le monde politique s'est donc emparé de la question, à l'instar de la conseillère nationale Gabriela Suter (PS/AG), du conseiller aux Etats Thierry Burkart (PLR/AG) et de l'ancien conseiller national Karl Vogler (PDC/OW). Le Conseil fédéral veut adopter un postulat de ce dernier, demandant l'examen de mesures contre le bruit excessif des moteurs.

M. Vogler demande en particulier des sanctions plus efficaces contre l'utilisation de composants illégaux ou de véhicules modifiés. Thierry Burkart entend lui déposer un postulat lors de la session en cours au Parlement, exigeant une analyse complète du problème, rapporte l'Aargauer Zeitung.

Dans trois interventions parlementaires, Gabriela Suter veut introduire des restrictions de puissance pour les jeunes conducteurs, des radars anti-bruit et une limite de décibels pour les motos.

L'OFROU pas convaincu

L'Office fédéral des routes (OFROU) n'est pas convaincu par une restriction de performances pour les véhicules des jeunes conducteurs. Une étude a montré qu'une telle réglementation "n'est pas ciblée et pratique", explique le porte-parole Thomas Rohrbach. Le Bureau de prévention des accidents (bpa) est parvenu à des conclusions similaires en 2019.

Si les nouveaux conducteurs devaient utiliser un véhicule plus faible, cela ne ferait que favoriser les secondes voitures dans les familles. "Et où faut-il mettre la limite en termes de performance?", interroge M. Rohrbach. En outre, l'évaluation des modifications techniques non autorisées apportées à un véhicule est très longue, complexe et coûteuse. Selon l'OFROU, les radars anti-bruit sont également très difficiles à mettre en oeuvre.

Radio Rhône SA   Ch. St-Hubert 5   CP 1144   1951 Sion   Tél. 027 / 327 20 20 Fax. 027 / 327 20 23