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24.06.2020 - 19:29

Le président kosovar Hashim Thaci rattrapé par son passé

Le président kosovar Hashim Thaci, ancien chef de la guérilla indépendantiste, a été rattrapé par son passé: le procureur du tribunal spécial pour le Kosovo l'a accusé de crimes de guerre et crimes contre l'humanité lors du conflit contre la Serbie en 1998-1999.

Hashim Thaci est inculpé pour "crimes contre l'humanité et de crimes de guerre, y compris meurtre, disparition forcée de personnes, persécution et torture", a annoncé le tribunal basé à La Haye. Il fait l'objet de dix chefs d'accusation émis le 24 avril et rendus publics mercredi.

Un juge "examine actuellement l'acte d'accusation pour décider s'il convient de confirmer les charges", précise le tribunal dans un communiqué.

Une centaine de meurtres

Ces accusations concernent également Kadri Veseli, l'ex-patron du renseignement de la guérilla kosovare de l'UCK et actuel dirigeant du Parti démocratique du Kosovo (PDK), la formation de M. Thaci, ainsi que "d'autres personnes".

"L'acte d'accusation allègue que Hashim Thaci, Kadri Veseli et les autres suspects accusés sont pénalement responsables de près de 100 meurtres", a indiqué le tribunal. Le procureur du tribunal avait dressé en février les premiers actes d'accusation dans cette affaire, sans communiquer l'identité des suspects.

Créé en 2015, le tribunal spécial pour le Kosovo est chargé d'enquêter sur les crimes présumés commis par l'Armée de libération du Kosovo (UCK), principalement contre des Serbes, des Roms et des opposants albanais à la guérilla pendant et après le conflit.

Réfugié en Suisse pendant quatre ans durant les années 90, M. Thaci est l'un des fondateurs de l'UCK.

Visite à Washington "interrompue"

Président du Kosovo depuis 2016, M. Thaci devait se rendre mercredi à Washington en vue d'une réunion avec le président serbe Aleksandar Vucic samedi. Il a "interrompu" son déplacement aux Etats-Unis et va rentrer au Kosovo, a annoncé son cabinet.

Selon l'émissaire américain Richard Grenell, les discussions de samedi sont maintenues, mais uniquement entre M. Vucic et le Premier ministre kosovar Avdullah Hoti.

Refus de démissionner

Dernier conflit en ex-Yougoslavie, la guerre du Kosovo entre forces serbes et guérilla indépendantiste kosovare albanaise a fait plus de 13'000 morts (plus de 11'000 Kosovars albanais, 2000 Serbes et quelques centaines de Roms).

Elle s'est terminée quand une campagne occidentale de bombardements a contraint les forces serbes à se retirer. Vingt ans après, Belgrade ne reconnaît pas l'indépendance de son ancienne province.

Interrogé en avril au sujet d'une éventuelle démission de son poste de président en cas de mise en accusation du tribunal spécial pour le Kosovo, M. Thaci a rétorqué: "Pourquoi devrais-je démissionner?" "Je répondrai positivement (à l'invitation à comparaître devant le tribunal), mais je ne démissionnerai pas", a-t-il répondu.

"Campagne secrète"

Mercredi, le tribunal a évoqué "une campagne secrète" de la part de MM. Thaci et Veseli pour empêcher sa création et enrayer son travail "afin de garantir qu'ils ne soient pas traduits en justice".

"Le procureur spécialisé a jugé nécessaire d'émettre cet acte d'accusation public en raison des efforts répétés d'Hashim Thaci et Kadri Veseli pour entraver et saper le travail" du tribunal. "A travers ces actions, ils ont fait passer leurs intérêts personnels avant les victimes de leurs crimes, l'Etat de droit et tous les citoyens du Kosovo", a-t-il écrit.

Plusieurs hauts responsables kosovars avaient déjà été convoqués par le tribunal par le passé. L'ancien Premier ministre kosovar Ramush Haradinaj a démissionné en juillet 2019 de ses fonctions après avoir été convoqué par le tribunal spécial en tant que suspect.

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