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20.05.2020 - 21:25

Le Brésil mise sur la chloroquine, la pandémie loin d'être contenue

En recul en Europe, la pandémie de coronavirus qui a fait plus de 325'000 morts dans le monde accélère sa progression au Brésil. Le gouvernement y a recommandé mercredi l'usage de la chloroquine, une substance controversée également prônée par Donald Trump.

"Notre pays est en train d'aller de mal en pis", résume Gilberto Ferreira, un retraité de Rio de Janeiro. Le bilan quotidien a culminé à 1179 décès, contredisant l'optimisme du président Jair Bolsonaro qui ne cesse de minimiser la dangerosité du virus et de critiquer le confinement.

Sous la pression du dirigeant d'extrême droite, le ministère de la Santé a recommandé mercredi l'usage de la chloroquine et de son dérivé l'hydroxychloroquine pour les patients légèrement atteints de Covid-19.

Dans l'attente d'un vaccin et d'un remède, l'emploi de cet antipaludéen et de son dérivé fait débat à travers la planète, ses effets contre cette maladie n'ayant pas été prouvés à ce jour. Le président américain Donald Trump avait annoncé lundi prendre de l'hydroxychloroquine, chaque jour à titre préventif.

Le G7 de Trump

Point de départ fin 2019 de la pandémie qui a mis la planète à l'arrêt, la Chine s'apprête à proclamer vendredi sa "victoire" sur le virus, à l'occasion de la réunion de l'Assemblée nationale populaire. Mais M. Trump a encore haussé le ton mercredi face à Pékin.

"C'est 'l'incompétence de la Chine', et rien d'autre, qui a provoqué cette tuerie de masse mondiale!", a estimé le locataire de la Maison blanche, lui même très critiqué pour sa gestion de la crise.

Estimant que la situation est en voie de normalisation dans son pays, le plus endeuillé avec près de 92'000 morts, le dirigeant américain a indiqué vouloir organiser le mois prochain à Camp David un sommet du G7 avec les dirigeants en chair et en os, en non par visioconférence. "Ce serait un symbole formidable pour tout le monde!", a-t-il estimé.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a toutefois rappelé mercredi que la pandémie était loin d'être contenue, avec 106'000 nouveaux cas dépistés en 24 heures à travers le monde, un record.

Comme le Brésil, le Chili, qui a franchi mercredi le seuil des 50'000 cas, pour 544 décès, connaît une accélération de la propagation et des émeutes de la faim ont éclaté à Santiago. "Ils n'ont pas de travail, ils sont enfermés chez eux et ne peuvent pas sortir pour chercher du travail", explique Jorge, un charpentier au chômage.

Masque dès 6 ans

A l'inverse, les Européens ont renoué avec ces plaisirs simples dont le confinement les avait privés depuis la mi-mars, comme de voir la mer. "Ecouter le bruit des vagues, marcher un peu sur la plage, nous en avions très envie", témoigne Helena Prades, une Espagnole de 43 ans, sur le littoral catalan.

Dans ce pays, l'un des plus endeuillés avec près de 28'000 morts, Barcelone a rouvert mercredi ses plages et ses parcs, dont le célèbre Parque Güell. Mais le gouvernement, qui a prolongé l'état d'alerte jusqu'au 6 juin, a rendu mercredi le port du masque obligatoire dès l'âge de six ans dans tous les lieux publics quand il n'est pas possible de garder ses distances, y compris dans la rue.

Les restrictions pèsent lourdement sur le tourisme et sur le secteur aérien. Le fabricant britannique de moteurs d'avion Rolls-Royce a annoncé mercredi la suppression d'"au moins" 9000 postes, soit 17% de ses effectifs. Le groupe Air France KLM a lui indiqué remiser ses neuf gros porteurs A380. En Allemagne, la chancelière Angela Merkel a indiqué qu'un accord pour le sauvetage de Lufthansa, le numéro 1 européen du secteur, était sur le point d'être finalisé.

L'Inde a toutefois annoncé une reprise progressive de ses vols intérieurs à partir du 25 mai. L'Italie a autorisé tous ses aéroports à rouvrir à partir du 3 juin, date à laquelle elle ouvrira ses frontières aux touristes de l'Union européenne. La Grèce a elle fixé au 15 juin le début de la nouvelle saison touristique, avec une reprise des vols internationaux à partir du 1er juillet.

En Slovénie, chaque habitant va recevoir jusqu'à 200 euros en bons d'achat pour hébergement ou restaurant, à dépenser localement afin de relancer le tourisme.

Les quatre "Frugaux"

Mais le spectre d'une deuxième vague rode. L'Allemagne a interdit, dans ses abattoirs, les contrats de sous-traitance qui permettent de recourir massivement à des travailleurs détachés d'Europe de l'Est, après une série de cas de coronavirus dans ces établissements. Berlin entend aussi protéger ses entreprises stratégiques des appétits d'investisseurs étrangers, en premier lieu dans le secteur de la santé, comme en témoigne un décret publié mercredi.

Les 27 peinent toujours à s'entendre sur un plan de relance commun.

Deux jours après que Paris et Berlin ont proposé une enveloppe d'aide mutualisée de 500 milliards d'euros, les Pays-Bas, l'Autriche, le Danemark et la Suède - surnommés les quatre "Frugaux"- ont dégainé leur propre projet, beaucoup plus contraignant pour les futurs bénéficiaires.

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