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15.04.2020 - 16:46

La qualité de l'air intérieur pas assez prise en compte

Plusieurs études menées dans toute la Suisse romande montrent que les rénovations énergétiques des bâtiments résidentiels ne tiennent pas assez compte des enjeux liés à la qualité de l’air intérieur. Leurs auteurs appellent à plus d’attention sur le sujet.

Une équipe de chercheurs de l’EPFL, de la Haute École d’ingénierie et d’architecture de Fribourg (HEIA-FR) et d’unisanté, le Centre universitaire de médecine générale et santé publique à Lausanne, associée à des experts indépendants, est à l’origine de ces travaux sur la concentration de radon, ainsi que de polluants chimiques (composés organiques volatils COV et aldéhydes) et biologiques (moisissures).

Les scientifiques se sont concentrés sur des logements à faible consommation énergétique, neufs ou rénovés. Leurs occupants ont complété, entre 2013 et 2016, un questionnaire et reçu par la poste des kits de mesure, sur l’impulsion du Centre romand de la Qualité de l’air intérieur et du radon de la HEIA-FR, responsable du projet Mesqualair.

Les bâtiments dont les façades avaient été isolées sans l’ajout de mesures favorisant un bon renouvellement de l’air, à l’exemple d’une ventilation mécanique, ont présenté les concentrations les plus élevées de ces différents polluants, indique un communiqué publié mercredi.

Les chercheurs appellent ainsi les professionnels du bâtiment, les autorités compétentes et la population à porter plus attention à la qualité de l’air intérieur, afin d’assurer la qualité durable de l’environnement bâti en Suisse et d’éviter les conséquences sanitaires connues de ces composants dans l’air, cancer du poumon, troubles respiratoires et cardiaques, notamment.

Absence de réglementation

Une législation existe en Suisse dans le cas du radon depuis 1994. Celle-ci a même été révisée en 2017. En revanche, les autres polluants ne font l’objet d’aucune réglementation spécifique.

Les chercheurs ont comparé leurs analyses avec d’autres références existantes. Leurs résultats ont fait l’objet de quatre publications dans des revues scientifiques entre décembre 2019 et le printemps 2020.

La plus récente, publiée dans la revue Indoor Air, porte sur les composants chimiques. Elle montre que les valeurs mesurées de formaldéhyde (dérivé du formol présent dans les matériaux de construction) sont toutes inférieures à la valeur recommandée par l’Organisation mondiale de la santé, la France et l’Office fédéral de la santé publique (OFSP).

En revanche, dans 90% des cas, des concentrations en COV supérieures à la valeur chronique d’exposition préconisée par la législation californienne (Office of Environment Health Hazard Assessment, OEHHA) ont été relevées. Les mesures en COV totaux sont même supérieures à la valeur de 1000 microgrammes par mètre cube d’air recommandée par l’OFSP dans 8% des cas.

Mieux avec ventilation

Les chercheurs ont pu montrer que les concentrations de polluants chimiques mesurées étaient globalement plus basses dans les bâtiments dotés d’une ventilation mécanique. La présence d'un garage dans le bâtiment est un facteur aggravant nettement identifié.

Concernant le radon, des mesures dans plus de 650 logements ont montré que les bâtiments neufs efficients en énergie présentaient des concentrations globalement moins élevées que les bâtiments rénovés.

Dans un échantillon de 60 bâtiments rénovés, il a été observé une tendance à l’augmentation de 20% du niveau de radon par rapport aux mesures effectuées avant rénovation, ce qui montre là aussi pour les chercheurs l’importance d’accompagner ce type de rénovations d’un concept de renouvellement d’air performant.

Ouvrir les fenêtres ne suffit pas

Une autre étude a permis d’établir que les occupants de logements rénovés aèrent plus facilement leur habitation que ceux des logements neufs qui comptent sur leur système de ventilation intégré. Mais cela reste insuffisant, selon les chercheurs.

Une dernière étude en cours de publication porte sur l’analyse de moisissures à l’intérieur de 149 logements. Comme dans le cas du radon, les nouveaux bâtiments efficients en énergie et dotés d’une ventilation mécanique présentent un niveau de contamination moins élevé que les bâtiments rénovés.

Un Observatoire romand de la qualité de l’air intérieur, projet-pilote soutenu par l’OFSP et le canton de Genève, est en train d'être mis sur pied, précise encore Joëlle Goyette Pernot, professeure à la HEIA-FR et co-auteur de ces travaux, citée dans le communiqué.

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