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08.07.2020 - 12:05

La crise affecte le moral des Suisses, discrets sur leurs émotions

La crise du coronavirus pèse sur la santé psychique de la population. Une étude alémanique menée en mai le confirme. Elle révèle aussi que le spectre des émotions vécues s'est élargi ces derniers mois. Seule une minorité parle toutefois volontiers de ses émotions.

Sur les 9279 personnes interrogées Outre Sarine par l'institut Sotomo pour le compte de la fondation Promotion Santé Suisse, 47% ont répondu que la crise avait eu un impact négatif sur leur moral, 31% n'ont pas ressenti de véritable impact sur ce plan et 22% en ont ressenti une influence positive. Une majorité de femmes (51%) estiment cet impact négatif contre 45% des hommes.

Par catégories d'âge, plus les personnes interrogées sont jeunes, plus elles disent ressentir une influence négative de la crise sur leur moral. Plus elles sont âgées, moins la crise n'a d'impact sur leur état psychique, révèle l'étude publiée mercredi dans le cadre d'une campagne de sensibilisation menée dans les cantons alémaniques sur la santé psychique et l'expression des émotions.

Romands plus touchés?

Parmi les émotions qui ont pris davantage de place dans leur vie ces derniers mois, les personnes interrogées citent étonnamment des émotions positives en premier lieu: la "reconnaissance" emmène cette liste. De manière générale, la crise du coronavirus a élargi la palette des émotions ressenties.

"On peut se demander si les émotions et les ressentis des Romands et des Tessinois ont été différents de ceux des Alémaniques", commente Florence Nater, interrogée par Keystone-ATS. La directrice de la Coordination romande des associations d'action pour la santé psychique (Coraasp) émet une hypothèse: le degré d’émotions négatives et la fragilisation globale ont peut-être été plus importants dans ces régions plus fortement impactées par la pandémie.

De l'amour au désespoir

De manière générale, le spectre des émotions ressenties par une jeune personne (18 émotions en moyenne) est plus vaste que celui ressenti par les retraités (10). Par ailleurs, les femmes ressentent davantage d'émotions négatives et de manière plus fréquente que les hommes, selon l'étude alémanique.

L'analyse des 46 émotions traitées par l'étude révèle que l'amour, la joie et la sécurité intérieure sont les émotions les plus positives, selon les Alémaniques. A l'inverse, le mépris et le désespoir sont les émotions les plus négatives, d'après eux.

Hommes moins "transparents"

"L'Atlas des émotions" réalisé sur la base de cette étude révèle en outre la difficulté rencontrée par beaucoup à exprimer leurs émotions. Seuls 29% des personnes interrogées parlent volontiers de leurs émotions contre 32% qui n'aiment pas le faire et 39% qui se trouvent entre ces deux courants.

Chez les femmes, cet exercice est apprécié par 33%, alors qu'il ne l'est que par 26% des hommes. Ces derniers sont carrément 38% à ne pas aimer parler de leurs émotions. Trois quarts des femmes estiment que parler de ses émotions est important. Seule la moitié des hommes est de cet avis.

Plus généralement, moins la santé psychique d'une personne est bonne, moins elle souhaite parler de ses émotions. L'inverse prévaut également.

Culte de la performance

"Dans une société telle que la nôtre, où 'le faire', 'l'agir' et la performance sont privilégiés, parler de ses émotions est plus difficile, en particulier s’il s’agit d’émotions plutôt perçues comme négatives, celles-ci pouvant évoquer nos vulnérabilités", observe Florence Nater. Parler des émotions est pourtant important, car elles sont au coeur de notre santé psychique, ajoute-t-elle.

Il faut "accepter nos vulnérabilités autant que nos forces" et considérer la santé psychique comme "quelque chose qui n’est pas figée mais qui évolue tout au long de notre vie", souligne la directrice de la Coraasp.

En Suisse romande et au Tessin, une campagne de promotion de la santé mentale est menée autour de la plateforme www.santepsy.ch, en partenariat avec la Coraasp et sur mandat de Promotion Santé Suisse. A travers des actions de sensibilisation et de proximité, elle s'est adressée aux adolescents entre le printemps 2019 et le printemps 2020. Elle sera consacrée aux adultes, parents en tête, dès septembre prochain, puis aux retraités dès le printemps prochain.

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