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08.05.2020 - 19:25

L'Europe veut retrouver l'esprit de 1945

Plusieurs dirigeants européens ont appelé vendredi à retrouver le souffle de 1945 dans la lutte contre la pandémie qui déstabilise le monde. Ils l'ont fait lors des commémorations marquant le 75e anniversaire de la fin de la Deuxième guerre mondiale.

La victoire lors de la guerre de 1939-1945 a montré que "rien n'est plus grand que la détermination de l'esprit américain", a lancé le président des Etats-Unis Donald Trump dans un message, avant de déposer une gerbe devant un mémorial.

"Au cours des derniers mois, notre nation a dû faire face à une grande adversité durant la pandémie de coronavirus, mais comme dans tant de situations dans le passé, les Etats-Unis vont triompher", a-t-il ajouté.

Dans un registre similaire, le Premier ministre britannique Boris Johnson a lui aussi affirmé à l'attention des anciens combattants qu'"en cet anniversaire, nous sommes engagés dans un nouveau combat contre le coronavirus qui exige le même esprit d'effort national que vous avez incarné il y a 75 ans".

Refuser le repli

Le président allemand Frank-Walter Steinmeier a lui fait la parallèle mais pour refuser la tentation des replis nationalistes. "Nous ne devons pas accepter que l'ordre de paix" mis en place à partir de 1945 "parte en fumée sous nos yeux", a-t-il dit dans un discours à Berlin, "nous voulons plus et pas moins de coopération dans le monde, y compris dans la lutte contre la pandémie".

Sur la même ligne, le président russe Vladimir Poutine a affirmé à la télévision autrichienne que "nous luttons tous contre cette épidémie, et le soutien mutuel est très important pendant cette période difficile".

L'épidémie, qui a fait plus de 270'000 morts dans le monde, a été omniprésente lors des commémorations du 8 mai. Celles-ci ont en effet été limitées au minimum.

Format restreint

En France, Emmanuel Macron a présidé à Paris une cérémonie en format restreint, sur une place de l'Etoile quasiment vide. Il a déposé une gerbe devant la statue du général de Gaulle au son de la sonnerie aux morts, et remonté en petite escorte les Champs-Elysées.

Mais les cérémonies en Allemagne ont retenu particulièrement l'attention car, d'ordinaire, ce pays ne commémore pas ou très peu le jour anniversaire de la capitulation du régime nazi face aux Alliés.Cette fois, la municipalité de Berlin a décidé d'en faire un jour férié, une initiative limitée à la capitale allemande et à l'année 2020.

M. Steinmeier a appelé ses compatriotes à considérer le 8 mai comme un jour de "gratitude" et non d'amertume pour la défaite, les souffrances subies lors des bombardements alliés, l'expulsion des populations allemandes des territoires d'Europe de l'Est ou les pertes de territoires.

Gratitude

"Oui, nous autres Allemands pouvons dire aujourd'hui: le jour de la libération est un jour de gratitude!", a-t-il déclaré, et "il nous a fallu trois générations pour que nous puissions le dire de tout coeur".

M. Steinmeier faisait ainsi référence à un autre discours prononcé par un de ses prédécesseurs, Richard von Weizsäcker, et resté dans l'Histoire. En 1985, pour le 40e anniversaire de la fin de la guerre, ce dernier avait pour la première fois parlé d'un "jour de libération".

En employant cette fois le terme de "gratitude", l'Allemagne franchit un pas supplémentaire, à un moment où l'extrême droite remet en cause la culture de repentance allemande des crimes nazis. L'Alternative pour l'Allemagne (AfD) a condamné les célébrations. Son principal dirigeant, Alexander Gauland, a affirmé que le 8 mai restait une "défaite absolue". L'Allemagne a perdu ce jour-là son "'autonomie" pour "façonner son avenir", a-t-il affirmé.

"Les Allemands sont présentés surtout comme des victimes" le jour du 8 mai, a réagi le président de la communauté juive nationale Josef Schüster. "Je trouve qu'il s'agit d'une relativisation historique irresponsable des crimes nazis".

A Londres, la reine Elisabeth II devait s'exprimer vendredi dans un message diffusé sur BBC One à 20h00 GMT (22h00 suisses), soit "l'heure exacte où son père le roi George VI s'était exprimé à la radio en 1945", a indiqué le gouvernement dans un communiqué.

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