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17.06.2020 - 14:52

Double homicide aux Verrières: 14 ans ou la prison à vie

Pour la défense qui réclame 14 ans de prison, l'auteur du double homicide des Verrières (NE), condamné à 20 ans de prison en 1ère instance, n'est pas un assassin. Le Ministère public demande la prison à vie.

"Le mobile et la façon de faire du prévenu n'étaient pas odieux. Il a agi sans détermination et préméditation particulières", ont déclaré mercredi les avocats de la défense devant la Cour pénale du Tribunal cantonal neuchâtelois. "On lui reproche son calme mais c'est de la sidération qui est intervenue quand les effets de l'alcool se sont estompés et qu'il a commencé à réaliser ce qu'il avait fait", ont-ils ajouté.

Le quinquagénaire n'a pas agi par égoïsme pur, mais en proie à des émotions violentes, selon la défense qui ne soutient plus le crime passionnel. Quand l'accusé a compris la séparation officielle avec sa compagne, "il a craqué et sa vie s'est écroulée".

L'auteur du double homicide faisait domicile séparé depuis 2013 avec la victime. Il a appris début août 2017, quelques jours avant le drame, que son ex-compagne avait un nouvel homme dans sa vie. La défense demande 14 ans de prison.

L'accusé, en pleurs, a déclaré mercredi "qu'il regrettait ce geste impardonnable. Il n'y a pas un jour auquel je n'y pense pas. Je donnerais tout pour revenir en arrière et faire changer le cours des choses".

Crime de propriétaire

Pour le Ministère public, au contraire, la peine de 20 ans de prison pour assassinat fixée par le Tribunal criminel de Boudry (NE) en mars 2019, est insuffisante. "Quand il y a pluralité d'assassinats, une peine à vie devrait être rendue. Si le principe d'aggravation n'est pas appliqué, c'est comme si la deuxième vie enlevée n'avait pas compté", a expliqué Marc Rémy.

Pour le procureur, la culpabilité de l'accusé "est extrêmement lourde. Il a agi par haine, par vengeance, par jalousie pour sauver son honneur". Selon lui, on peut parler de "crime de propriétaire" car il considérait que la victime lui appartenait et ne voulait pas en être dépossédé.

Marc Rémy a ajouté que le premier homicide envers le nouvel ami de son ex-femme n'a pas empêché l'accusé de commettre un second homicide. Et même de tirer une 2e fois sur son ex-compagne, voyant qu'elle n'était pas morte, "ce qui aurait peut-être permis de la sauver". Le drame s'est déroulé dans la nuit du 4 au 5 août 2017.

Le verdict de la Cour sera rendu à 17h00.

Huis clos partiel

L'audience de mercredi s'est tenue à huis clos partiel. Les journalistes présents ont dû s'engager, l'un après l'autre, à respecter une injonction demandant de ne pas dévoiler certains éléments de contexte familial. Une des parties civiles et la défense voulaient le huis clos total.

En première instance, l'injonction de ne pas dévoiler certains éléments n'avait pas été respectée par un journaliste de 20 Minutes, qui avait estimé que cela violait la liberté de la presse à diffuser des informations, qui ont au final pesé sur le verdict.

L'affaire a depuis occupé les tribunaux neuchâtelois. Le 17 décembre, le tribunal a blanchi le journaliste estimant qu'il s'agissait "d'une ingérence dans le contenu, qui ne reposait sur aucune base légale". Le Ministère public a fait appel et le Tribunal cantonal a annulé le jugement. L'affaire, qui questionne la liberté de la presse, sera jugée par le Tribunal fédéral.

Alors que certaines parties au procès ne voulaient pas la présence des journalistes, un malheureux couac s'est déroulé mercredi. La presse avait été convoquée deux heures trop tard. L'audition du prévenu et du témoin était déjà terminée. Comme réparation de cette erreur, la présidente de la Cour pénale a permis aux journalistes de lire les procès-verbaux d'audition.

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