Retour

30.05.2020 - 20:57

Déploiement de forces sans précédent à Minneapolis

La ville de Minneapolis a annoncé samedi un déploiement de forces sans précédent après une quatrième nuit d'émeutes, malgré l'arrestation du policier impliqué dans la mort de George Floyd, cet Afro-Américain dont le décès a ravivé les plaies raciales des Etats-Unis.

"La situation à Minneapolis n'a absolument plus rien à voir avec le meurtre de George Floyd", a déclaré samedi le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, au cours d'une conférence de presse. "Il s'agit (...) d'instiller la peur et de déstabiliser nos grandes villes".

Il a annoncé la mobilisation générale des 13'000 soldats de la Garde nationale de l'Etat, une première, et indiqué avoir demandé l'aide du ministère de la Défense. Des unités de la police militaire ont été mises en alerte pour pouvoir éventuellement intervenir à Minneapolis.

Samedi matin, des habitants à travers la ville nettoyaient les dégâts de la veille, munis de balais. "Ma ville brûle, donc la seule chose que je puisse faire c'est aider à nettoyer", a déclaré à l'AFP Kyle Johnson, 28 ans.

Une centaine de personnes étaient réunies, avec des fleurs et en chantant "pas de justice, pas de paix", à l'endroit où est mort George Floyd lors de son arrestation.

"Démonstration de force"

L'armée américaine ne peut légalement pas intervenir sur le territoire américain, au nom de la protection des civils, sauf en cas d'insurrection, ce qui ne s'est pas produit depuis 1992, lors des émeutes de Los Angeles ayant suivi la mort d'un autre homme noir aux mains de la police, Rodney King.

Le déploiement vendredi soir de 2500 policiers et soldats de la Garde nationale et l'imposition d'un couvre-feu n'ont pas empêché la grande ville du Minnesota de s'embraser, avec plusieurs commerces incendiés, de nouveaux pillages et de nombreuses dégradations.

"C'est un chiffre énorme en termes de forces de l'ordre", a noté le responsable des forces de sécurité de l'Etat, John Harrington. "Mais nous avons été confrontés à des dizaines de milliers d'émeutiers".

Quelques dizaines de personnes ont été arrêtées, dont 80% provenaient d'autres régions des Etats-Unis, selon les autorités locales qui ont indiqué disposer d'informations montrant que des groupes suprémacistes blancs et des émeutiers avaient utilisé les réseaux sociaux et le "dark web" pour organiser le mouvement.

Les manifestations prévues dans la journée en mémoire de George Floyd, un Afro-américain de 46 ans, mort lundi juste après son arrestation, restent autorisées. Mais le couvre-feu sera maintenu à partir de 20h00 samedi et "il sera dangereux d'être dans la rue cette nuit", a prévenu le gouverneur.

"La démonstration de force de ce soir est destinée à rétablir la sûreté, la sécurité, la paix et l'ordre", a souligné le maire de Minneapolis, Jacob Frey.

La tension est également montée dans le reste du pays. Des centaines de personnes se sont rassemblées à New York, Dallas, Houston, ville d'origine de la victime, ou encore Las Vegas, Des Moines, Memphis et Portland, y compris devant la Maison Blanche, à Washington.

"Pseudo-manifestants"

Samedi, M. Trump a dénoncé les "cris et les diatribes" de ceux qu'il a qualifiés de "pseudo-manifestants", se réjouissant de l'efficacité du "Security Service", la police fédérale spécialisée dans la protection des personnalités.

"J'étais à l'intérieur, j'ai tout vu", a-t-il tweeté. "Personne n'est parvenu à rompre la clôture. S'ils l'avaient fait, ils auraient été accueillis par les chiens les plus féroces et les armes les plus menaçantes".

A New York, plus de 200 personnes ont été arrêtées après de violents incidents ayant fait plusieurs blessés au sein des forces de l'ordre. Un cocktail molotov a été lancé à l'intérieur d'une voiture de police qui était occupée. "C'est un miracle qu'aucun policier n'ait été tué", a déclaré le chef de la police Dermot Shea.

A Atlanta, des véhicules de patrouille de la police ont été brûlés.

Partout, les manifestants ont dénoncé les bavures policières et les disparités raciales. Et surtout, ils ont exigé justice pour George Floyd qui, dont l'arrestation mortelle a été filmée dans une vidéo devenue virale.

Le policier blanc Derek Chauvin qui, sur cette vidéo, maintient son genou pendant de longues minutes sur le cou du quadragénaire, a été arrêté vendredi et inculpé pour "homicide involontaire" et "acte cruel et dangereux ayant causé la mort".

"Insuffisant"

La famille de la victime a salué ce développement comme un premier pas sur "la voie de la justice", mais l'a jugé "tardif" et insuffisant.

"Nous voulons une inculpation pour homicide volontaire avec préméditation. Et nous voulons voir arrêtés" les trois autres agents impliqués dans le drame, a-t-elle affirmé dans un communiqué.

Ces derniers ont immédiatement été licenciés, comme Derek Chauvin, mais ne font encore l'objet d'aucune poursuite.

L'affaire rappelle la mort d'Eric Garner, un homme noir décédé en 2014 à New York après avoir été asphyxié lors de son arrestation par des policiers blancs. Lui aussi avait dit "Je ne peux pas respirer", une phrase devenue un cri de ralliement du mouvement Black Lives Matter ("La vie des Noirs compte").

Radio Rhône SA   Ch. St-Hubert 5   CP 1144   1951 Sion   Tél. 027 / 327 20 20 Fax. 027 / 327 20 23