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10.03.2020 - 09:00

Boris Vian, cent ans et toujours bien vivant

Boris Vian aurait eu cent ans ce mardi. Snobé en son temps, l'écrivain-musicien-metteur en scène, entre autres casquettes, est toujours dans l'air du temps. Il est aujourd'hui salué pour sa "modernité folle".

"Aujourd'hui, il est plus reconnu que de son vivant, mieux identifié. On sait bien de qui on parle, de quelqu'un qui n'a pas de frontières, qui a une liberté totale et absolue", souligne pour l'AFP Nicole Bertolt, mandataire pour l'oeuvre de Boris Vian.

"Il a fait une chanson qui s'appelait 'Je suis snob', et en fait il était exactement l'inverse. Il est l'inverse du snobisme, parce qu'il décloisonnait tout et il prenait tout à bras le corps, à bras le coeur. Je suis un grand admirateur de ça, de sa poésie, de son imagination et de son côté frondeur, joueur", expose pour sa part Mathias Malzieu, leader du groupe Dionysos et parrain du centenaire de sa naissance, en cette année 2020 jalonnée de projets-hommages.

Programme gargantuesque

La date du 10 mars n'est qu'un repère symbolique. Le programme gargantuesque des événements liés à Vian, étalés tout au long de 2020, est en détail sur le site centenaireborisvian.com.

"C'est un passeur, et moi j'aime les passeurs, poursuit le cerveau de Dionysos. Il a fait venir le bebop en France. Il était à la fois journaliste, directeur artistique, chansonnier, écrivain et en fait il ne se posait pas la question. Il voulait raconter des histoires".

"Actualité frappante"

Et "certaines sont d'une actualité absolument frappante" souligne Françoise Canetti, directrice du label Jacques Canetti qui sort un coffret de 100 chansons de Vian, entre classiques, raretés et inédits.

On entend ainsi Jean-Louis Aubert chanter en 1989 "Ils cassent le monde", un texte où Vian, écologiste avant l'heure, s'inquiète d'une planète qui part en morceaux. Catherine Ringer pose elle sa voix sur "Les joyeux bouchers" en 1997, drôle d'écho aux débats actuels sur la consommation de viande rouge.

"Boris Vian est tellement d'aujourd'hui. Quand on m'a fait des sermons sur 'Fais-moi mal Johnny', chanson sur une prostituée qui adore que son mac la tape, j'ai répondu avec 'Ne vous mariez pas les filles', un texte qu'on décrirait comme féministe actuellement", confie Nicole Bertolt. Un titre qui tire à boulets rouges sur la gent masculine, remis au goût du jour par le groupe Debout sur le Zinc à l'automne dernier.

Intemporelle, l'oeuvre de Vian s'adapte à tout format et tout courant artistique. Dans le coffret proposé par Françoise Canetti - fille de Jacques, le producteur qui poussa Vian à chanter sur scène dans son cabaret des Trois Baudets - on trouve ainsi "Le temps de vivre, l'évadé" en version guitares hard-rock par Pascal Voiture.

"Slammer du Boris Vian"

Le Printemps de Bourges a programmé le 23 avril une soirée "On va t'faire mal Boris" - référence à "Fais-moi mal Johnny" - avec Tracy de Sá, Sônge et Oré, jeune garde rap, soul et r'n'b. "Elles ont entre 18 et 25 ans, elles m'ont demandé 'est-ce qu'on peut slammer du Boris Vian?' J'ai dit bien sûr !", raconte Françoise Canetti.

"Boris Vian laisse toujours de la place à l'autre, comme dans un morceau de jazz où chacun apporte sa contribution. Quand vous rencontrez des réalisateurs, dessinateurs, metteurs en scène, journalistes et que tous vous parlent de 'L'écume des jours' et ne disent jamais la même chose, ça signifie qu'on peut s'en emparer encore et encore. Le génie se voit à ça", analyse Nicole Bertolt.

C'est d'ailleurs le cas avec "L'écume des jours, rêverie virtuelle", spectacle qui mêle dispositifs sonores, visuels et numériques. Ce projet de la Compagnie Underground Sugar, adapté par Julie Desmet Weaver, a été sélectionné par la communauté européenne pour être joué dans vingt capitales du vieux continent durant l'année 2020.

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