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05.03.2020 - 11:17

Afghanistan: feu vert de la CPI à une enquête pour crimes de guerre

La Cour pénale internationale (CPI) a autorisé jeudi en appel l'ouverture d'une enquête pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité en Afghanistan. Parmi ces crimes figurent des exactions qui auraient été commises par des soldats américains.

"La procureure est autorisée à commencer une enquête sur des crimes présumés commis sur le territoire de l'Afghanistan depuis la période du 1er mai 2003", a déclaré le juge Piotr Hofmanski, annulant la décision d'une procédure en première instance.

Les juges de la CPI avaient refusé en avril d'autoriser l'ouverture d'une enquête sur de tels crimes dans le pays déchiré par la guerre, estimant que cela "ne servirait pas les intérêts de la justice". Cette décision était intervenue une semaine seulement après la révocation du visa de la procureure Fatou Bensouda par Washington, qui avait aussitôt salué une "grande victoire".

Menaces américaines

L'administration de Donald Trump s'était farouchement opposée à toute enquête en Afghanistan de la CPI. Les Etats-Unis, qui ne sont pas membres de la Cour, avaient annoncé mi-mars des sanctions sans précédent à l'encontre de la juridiction internationale, avec des restrictions de visa contre toute personne "directement responsable" d'une éventuelle enquête "contre des militaires américains".

La procureure Fatou Bensouda avait fait appel en septembre du verdict des juges, rapidement critiqué par différents groupes de défense des droits humains qui avaient évoqué un coup dur pour les "milliers de victimes" du conflit afghan. Selon l'ONU, près de 3500 civils ont été tués et 7000 autres blessés en Afghanistan l'an dernier.

Mme Bensouda souhaite examiner non seulement des crimes présumés commis depuis 2003 par les talibans et des soldats afghans, mais aussi par les forces internationales, notamment par les troupes américaines. Des allégations de tortures ont également été formulées à l'encontre de la CIA.

Victimes "privées de tout"

Le bureau de la procureure - qui avait ouvert un examen préliminaire en 2006 sur la situation en Afghanistan - ainsi que les représentants des victimes du conflit afghan ont de nouveau plaidé pour l'ouverture d'une enquête lors d'audiences tenues en décembre.

La décision de refuser l'ouverture d'une enquête en Afghanistan "prive les victimes de tout", avait martelé l'avocate Fergal Gaynor, qui plaide la cause de 82 victimes. L'avocat personnel de Donald Trump, Jay Sekulow, avait quant à lui dénoncé "une démarche de la procureure allant directement à l'encontre des intérêts américains".

Washington et les talibans afghans ont signé le 29 février un accord historique ouvrant la voie à un retrait total des troupes américaines d'Afghanistan. Les talibans ont mené des attaques ces derniers jours, que le Pentagone a toutefois minimisées. Les Etats-Unis mènent dans ce pays depuis 2001 la plus longue guerre de leur histoire.

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