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05.03.2020 - 16:55

Afghanistan: feu vert de la CPI à une enquête

La Cour pénale internationale (CPI) a autorisé jeudi en appel l'ouverture d'une enquête pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité en Afghanistan, à laquelle l'administration du président américain Donald Trump s'est farouchement opposée.

L'enquête souhaitée par la procureure de la Cour, Fatou Bensouda, vise entre autres des exactions qui auraient été commises par des soldats américains dans le pays où les Etats-Unis mènent depuis 2001 la plus longue guerre de leur histoire. Des allégations de tortures ont également été formulées à l'encontre de la CIA.

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo s'est aussitôt offusqué d'une décision "irréfléchie qui intervient quelques jours seulement après que les Etats-Unis ont signé un accord de paix historique concernant l'Afghanistan".

La décision de la CPI d'autoriser l'ouverture d'une enquête "est une action incroyable de la part d'une institution politique qui n'a pas à rendre de comptes et se déguise en organe juridique", a tonné M. Pompeo.

Un pas vers la paix a récemment été fait avec la signature le 29 février, entre Washington et les talibans afghans, d'un accord historique ouvrant la voie à un retrait total des troupes américaines d'Afghanistan.

Le conflit afghan a fait plus de 100'000 victimes civiles, tués et blessés, sur la seule période 2009-2019, selon les Nations unies.

"La procureure est autorisée à commencer une enquête sur des crimes présumés commis sur le territoire de l'Afghanistan depuis la période du 1er mai 2003", a déclaré le juge Piotr Hofmanski, annulant une décision rendue en avril en première instance par la CPI, fondée en 2002 pour juger des pires atrocités commises dans le monde.

Mme Bensouda souhaite examiner non seulement des crimes présumés commis par des combattants talibans et les unités afghanes pro-gouvernementales, mais aussi par les forces internationales, notamment les troupes américaines.

Sanctions américaines

La procureure est également autorisée à examiner des actes de torture présumés commis par la CIA en Afghanistan mais également dans d'autres pays, tels que la Pologne et la Roumanie, où l'agence centrale du renseignement américain a transféré des prisonniers.

Il s'agit de "crimes de guerre allégués ayant trait à la torture, au traitement cruel, aux atteintes à la dignité des personnes, au viol et d'autres formes de violences sexuelles commis dans le cadre d'une politique par des membres de la CIA", a précisé le juge.

La CPI, basée à La Haye, avait estimé en avril 2019 en première instance que l'ouverture d'une enquête sur des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité en Afghanistan, pays membre de la Cour, "ne servirait pas les intérêts de la justice".

Washington qui avait aussitôt salué une "grande victoire" après cette décision, rendue une semaine seulement après la révocation par les Etats-Unis du visa de la procureure de la Cour Fatou Bensouda.

Les Etats-Unis, qui ne sont pas membres de la Cour, avaient annoncé mi-mars 2019 des sanctions sans précédent à l'encontre de la juridiction internationale, avec des restrictions de visa contre toute personne "directement responsable" d'une éventuelle enquête "contre des militaires américains".

"Coup porté" à Washington

Jeudi, la Chambre d'appel de la CPI a conclu que les juges de la chambre préliminaire avait "commis une erreur" en estimant que l'ouverture d'une enquête ne servirait pas à ce stade l'intérêt de la justice.

"Nous avons perdu deux ans de plus en raison de cette erreur", a déclaré à l'issue de l'audience Katherine Gallagher, représentante de victimes.

Le jugement en appel "n'est pas seulement un coup porté aux administrations américaines qui ne veulent pas être liées par l'état de droit, mais c'est une victoire pour ceux qui croient que les détenus doivent être traités humainement et que les civils doivent être protégés", a-t-elle poursuivi auprès de l'AFP.

La CPI envoie ainsi "un signal, ô combien nécessaire, aux auteurs actuels et potentiels d'atrocités: la justice pourrait un jour les rattraper", a déclaré dans un communiqué Param-Preet Singh de l'association Human Rights Watch.

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